Accueil >  Groupe  >  Le groupe Renault  > 

Renault: perquisition, tensions avec Nissan, négo avec Fiat,...

Dans le cadre de l’enquête préliminaire qui touche actuellement Carlos Ghosn en France, le siège de Renault a de nouveau été perquisitionné mercredi, après celle qui a eu lieu au début du mois. Dans le même temps les négociations continuent avec Fiat
Renault: perquisition, tensions avec Nissan, négo avec Fiat,...
Par le 16/07/2019

Le parquet de Nanterre s’intéresse plus particulièrement à deux soirées organisées et financées par Renault, ainsi qu’à des virements qui seraient suspects.

« L’exploitation des documents saisis lors de la première perquisition a permis d’identifier des assistants personnels de Carlos Ghosn dans le bureau desquels le parquet de Nanterre a décidé de réaliser une perquisition supplémentaire », le parquet à l’AFP.

Un mariage qui pose de plus en plus de questions

Comme beaucoup de grandes entreprises, Renault est le mécène de diverses organisations dont celle qui gère le château de Versailles.

En 2014, une première soirée a été organisée pour célébrer les 15 ans de l’Alliance Renault-Nissan. Mais la justice cherche à savoir s’il s’agissait d’une soirée au profit de l’Alliance, ou à celui de son PDG C.Ghosn qui, à cette occasion, aurait également fêté ses 50 ans. L’autre soirée dans le collimateur n’est rien d’autre que le mariage de l’ancien PDG en 2016.

Si ces deux soirées ne semblent pas avoir été réglées directement par Renault, la justice cherche cependant à savoir si la promesse d’obtenir ce mécénat n’aurait pas, en contrepartie, permis à C.Ghosn de disposer du château gratuitement, ou d’en tirer un avantage personnel.

Des transferts de fond suspects

Outre ces deux soirées, l’enquête vise également des transferts de fonds vers Oman, dans la péninsule d’Arabie, en faveur du distributeur local de Renault et Nissan (SBA). Cette entreprise a d’ailleurs déjà fait l’objet d’investigation des enquêteurs japonais, qui auraient détectés un transfert de 35 millions d’euros issu de la réserve personnelle de Ghosn.

Cette somme aurait été transférée à une entreprise libanaise qui serait gérée par des associés de C.Ghosn. Une partie du montant lui aurait ensuite été reversé et utilisé dans le cadre de l’achat d’un Yacht, mais aussi pour investir dans une société américaine dont son fils a la direction.

Devant l’enquête menée par la justice japonaise, le parquet français cherche à vérifier si un tel montage aurait également eu lieu en France, et si oui, à quelles fins.

Un informaticien personnel au service de C.Ghosn

L’OCLCIFF (Office Centrale de Lutte contre la Corruption et les Infractions Financières et Fiscales) a également perquisitionné mercredi le bureau d’un salarié inconnu des Ressources Humaines de l’entreprise, qui était au service de l’ancien PDG.

Cet informaticien aurait eu en charge la sécurité IT de C.Ghosn depuis 2006 son l’Express, notamment ses moyens de communication cryptés, et son ordinateur, et ce, en France, au Japon mais aussi dans ses logements de fonction à Rio et Beyrouth selon Le Point.

L’Express indique que cette personne disposait des mots de passe du matériel et de la boite mail personnelle de l'ancien PDG. Il était aussi en charge de récupérer l’ancien matériel. Une bonne raison pour la justice française de l’interroger, même si l'emploi de ce salarié n'a rien d'illégal.

Cette saisie de matériel, vient compléter celle qui avait déjà conduit à récupérer le disque dur de son assistante libanaise qui gérait ses comptes bancaires et ses dépenses personnelles.

Le ton monte chez Nissan, la négo avec Fiat continue

Après l’échec des négociations sur une potentielle fusion avec Fiat, les relations semblent se durcir entre le constructeur français et son allié de 20 ans Nissan, avec qui une fusion était envisagée. Dans le même temps, Fiat et Renault n'ont pas abandonné leur projet de fusion.

Bien que Renault semblait vouloir faire un pas en direction de Nissan, Jean-Dominique Senard, le nouveau président de Renault a adressé une lettre à son homologue Hiroto Saikawa, dans laquelle, selon l’AFP qui l’aurait consultée, il indique son refus de valider la nouvelle gouvernance de Nissan, ce qui bloque le projet de réforme du constructeur nippon.

Cette nouvelle gouvernance a officiellement pour principal objectif d’éviter à l’avenir que « l’affaire Ghosn » ne se reproduise, en créant trois comités disposant d’importants pouvoirs, mais distincts.

Chez Renault, on voit cette nouvelle gouvernance comme un risque de limiter le pouvoir de Renault –déjà faible-  mais qui est pourtant le principal actionnaire avec plus de 40%. Selon l’AFP, Senard ne doute pas de la gouvernance en elle-même, mais il demande qu’un ou deux administrateurs nommés par Renault soient présents dans chaque commission afin de conserver la main sur les décisions du constructeur nippon.

La divulgation de cette lettre arrive tout juste après l’échec des négociations sur la fusion entre Renault et FCA. Echec qui serait le fruit d’une volonté de l’Etat, bien que plutôt favorable publiquement à ce projet, de légèrement temporiser pour inclure Nissan –qui reproche par ailleurs l’omniprésence de l’Etat dans son alliance- dans ce projet. Au Japon, cette échec est plutôt imputé à Nissan qui avait décidé de s’abstenir lors du vote.

Ce manque de soutien est vu par certains comme un risque pris par l’actuel gouvernement, donnant ainsi plus de poids encore à Nissan. D’autres estiment plutôt qu’il s’agit d’une bonne nouvelle et que le projet de Fiat n’était finalement qu’un coup financier que tentaient les italiens, sans intérêt technique pour Renault.

Senard fait avec les moyens du bord

Malgré ses 43% de participation dans Nissan, Renault a en réalité peu de marges de manœuvre chez Nissan. L’Alliance était organisée pour être réellement gérée par un seul homme, C.Ghosn, à la fois PDG de Renault, PDG puis Président de Nissan, et encore PDG de Mitsubishi qui avait rejoint l’alliance dernièrement.

Depuis 2015, suite à la montée de l’Etat au capital de Renault lui accordant des droits de vote doubles, des accords dits « Rama » interdisent à Renault, ou plutôt, à ses administrateurs d’aller à l’encontre des dirigeants de Nissan. D’où l’importance de pouvoir placer des personnes de confiance dans les autorités de son allié sous peine de ne plus disposer d’aucun droit.

La fusion avec Fiat n’est pas enterrée

Bien que FCA ait décidé de retirer sa proposition aussi rapidement qu’elle était arrivée, l’idée d’un mariage n’est pas morte. FCA a tenté d’imposer ses conditions, mais devant la frilosité de l’Etat français eu égard de Nissan, qui parait-il n’a pas spécialement apprécié la démarche craignant de perdre son influence, l’affaire n’a pu se faire.

Fragilisé par son alliance qui bat de l’aile menant  à une capitalisation boursière très basse actuellement, Renault fait presque figure de proie sur le marché financier.  En ce point, la présence –souvent décriée de l’Etat- est un gage de sécurité.

Pourtant, c’est oublier que le constructeur français n’a jamais été aussi profitable (plus que Nissan), et n’a jamais autant vendu de véhicules. Sur le plan technologique, il a pris très tôt le virage de l’électrique au contraire de Fiat, très en retard, et commence à lancer des offres hybrides. Enfin, hormis aux USA, Renault est présent dans le monde entier, même s’il faut bien l’avouer il peine encore en Chine et en Inde.

L’annonce du retrait de l’offre par FCA a été perçue comme une bonne nouvelle pour beaucoup d’observateurs tant cette fusion semblait d’une part précipitée, mais aussi et surtout « équilibrée » en faveur d’un groupe italien. Ce dernier, en bien mauvaise posture,  voulait le beurre et l’argent du beurre.

Selon Reuters, John Elkann et Jean-Dominique Senard seraient de nouveau entrés en contact pour relancer ce projet « qui a enthousiasmé le président de Renault et son directeur général Thierry Bolloré » selon des sources au sein de l’alliance.

Certains avancent que Nissan demanderait à Renault de réduire sa participation dans son actionnariat pour obtenir son accord. Pas sur cependant que se séparer d’une partie d’un Nissan, certes en petite forme, mais vaillant, contre un groupe FIAT moribond voire sans consistance serait une bonne idée. En tout cas, pas selon les conditions fixées par l’italien.

Espérons que cette fois, Renault et Nissan pourront imposer leurs propres conditions face à Fiat qui devra quoiqu’il arrive s’allier avec un concurrent. Que ce soit Renault ou un autre. Le temps joue en sa défaveur.

Nissan prêt à discuter malgré des tensions tenaces ?

A l’occasion de l’assemblée générale des actionnaires de Nissan qui s'est tenue fin juillet, l’actuel Directeur Général de Nissan a indiqué vouloir obtenir une équité entre Renault et Nissan au sein de l’Alliance.

Cette équité est depuis longtemps un sujet sensible, Nissan estimant qu’il n’est pas normal que Renault, plus petit que lui, soit autant présent à son capital (plus de 40%), quand Nissan ne dispose que de 15 % de Renault, sans droit de vote en prime.

"Nous voulons une relation gagnant-gagnant avec Renault. L'alliance a été prospère jusqu'ici parce que nous avons respecté l'indépendance de chacun […] Si cela est nécessaire, nous mettrons notre structure capitalistique sur la table. Si la relation bascule dans un gagnant-perdant, elle se rompra très rapidement",  Hiroto Saikawa, menaçant au passage les dirigeants de Renault.

Nissan accepte l’entrée de membres de Renault dans sa nouvelle gouvernance

La nouvelle organisation de Nissan a été validé par ses actionnaires. Renault, via son Président Senard, avait refusé de voter favorablement le projet si le constructeur français n’y était pas présent. Bien qu’ayant rejeté initialement la demande, Hiroto Saikawa a finalement accepté. Jean-Dominique Senard et Thierry Bolloré, respectivement Président et Directeur Général de Renault depuis le départ de Ghosn siégeront ainsi au sein de deux des trois comités de Nissan.

Forcément, cette demande a été mal perçue par certains actionnaires qui accusent le nouveau vice-président de Nissan, Jean Dominique Senard, de ne pas agir en faveur des intérêts du constructeur nippon.

"Depuis que je suis arrivé, j'ai fait tout mon possible pour adoucir les relations dans une alliance que j'ai découverte en bien pire état que je le pensais", a répondu le président de Renault. "Je n'avais pas l'intention d'être agressif envers Nissan. Je vous supplie de me croire sur ce point." Jean Dominique Senard

Hiroto Saikawa, menacé mais reconduit chez Nissan

Malgré des discordes, Hiroto Saikawa a été reconduit au sein du conseil d’administration. Beaucoup l’accusent de vouloir surtout bloquer Renault plutôt que d’agir en faveur de l’Alliance, tandis que d’autres auraient préféré tourner la page Ghosn, en se séparant de son ancien N°2.

Des ventes mondiales en baisse

Au cours du 1er semestre 2019, les ventes mondiales du groupe Renault chutent de 6,7% sur un marché également orienté à la baisse (-7,1%), ce qui permet à Renault de conserver une part de marché stable qui s’établit à 4,4%.

Avec très peu de nouveautés, le groupe Renault s’attendait tout de même à souffrir. Pour autant, le groupe parvient à se maintenir à un niveau équivalent à ce qu’il était en 2018 en termes de parts de marché, avec un total de 1 938 579 véhicules.

Des ventes stables en Europe, une part de marché en hausse

En Europe, bien que le marché soit en baisse de 2,5%, les ventes sont restées stables. Renault performe notamment sur le segment B, avec la Clio qui est la seconde meilleure vente tout segment confondu, et la meilleure de son segment, ainsi que le Captur, lui aussi en tête de son segment. La Sandero et le Duster complètent la liste des succès notables. En plein renouvellement avec le nouveau Master notamment, et le futur Kangoo à venir, la gamme VU a été en hausse de 7,5% alors que le marché se limite à une augmentation de 3,7%.

Dacia a été particulièrement en forme avec une hausse de +10,6% de ses ventes. Les 311 024 véhicules sont principalement le fait des succès du Duster et de la Sandero. La part de marché s’établit à 3,3%, en hausse de 0,4 point.

Forte baisse en dehors de la l’Europe

En Russie, qui est le second marché du groupe (en volume), le groupe est un leader incontesté avec une part de 28,8% (+0,45 point) bien que les ventes soient en légère baisse (-0,9%) sur un marché également en baisse (-2,4%).

Dans le détail, la marque LADA est en hausse de +2,5% avec un total de 174 186 véhicules pour une part de marché de 21% (+1 point). La marque profite de l’arrivée de nouveaux modèles modernes avec la Lada Granta et la Lada Vesta qui prennent les 2 premières places du marché local.

De son côté, Renault est en forte baisse (-9,1%) avec un total de 64 431 véhicules. L’arrivée dans quelques semaines du SUV Coupé Arkana devrait corriger le tir, même si, en 2021, la pénurie de semi-conducteurs impacte fortement ce marché. 

Au Brésil, le 5ème marché de Renault, le groupe profite de la reprise du secteur automobile (+10,5 %). Les ventes sont en très forte hausse (+20,2 %) avec 112 821 véhicules. La part de marché atteint 9,1 % (+0,7 point), notamment grâce à la Kwid (40 500 unités, + 36,5 %). Ces bons résultats contrastent avec le voisin, l’Argentine, où le groupe souffre (-50,2%) du fait d’un marché lui aussi en souffrance.

En Chine, qui est désormais le 7ème marché avec 89 714 unités (0,8% du marché), Renault souffre avec une baisse de 23,7 % bien que le marché soit lui aussi en baisse de 12,7 %. Renault peine réellement à s’y imposer, et espère que la prochaine commercialisation de la petite citadine électrique City K-ZE (qui pourrait venir en Europe), parviendra à inverser la tendance.

Bien que le marché potentiel soit énorme, les ventes en Inde continuent de dégringoler avec seulement 36 798 unités (2,1% du marché). Là aussi, la marque attend impatiemment la commercialisation du petit monospace 7 places Triber, sur un segment en plein développement.

En Afrique, le groupe prend près de 20% du marché avec un total de 110 000 véhicules. Au Maroc, sa part de marché est exceptionnellement élevée avec 43,3% notamment grâce à la Dacia Logan et Dacia Dokker. Quant à Renault, elle prend la seconde place avec la Clio, véhicule le plus vendu du Maroc.

Les véhicules électriques en forte hausse malgré un volume total faible

Renault, pionnier dans les véhicules électriques, voit ses ventes de ZE augmenter de 42,9% en Europe, et plus particulièrement en France. Les ventes de la Zoé sont en hausse de 44,4% en Europe (25 041 unités) et de 30,7% pour le Kangoo (4 653 unités).

 

Résultats commerciaux Renault semestre 1 2019 - ventes

Les 15 premiers marchés de Renault 1er semestre 2019

Ventes par marques du groupe Renault - 1er semestre 2019


Commentaire(s)


Laissez votre commentaire

En renseignant votre email, vous recevrez une seule et unique alerte lorsque qu'une ou plusieurs réponses seront postées. Elle ne sera pas communiquée ni revendue.