Le prix des pneumatiques pourrait bien exploser dans quelques semaines
À première vue, quand on lit que les filières du recyclage vont bénéficier de financements, on se dit que c’est plutôt une bonne chose, et que le recyclage pourrait faire baisser les prix. Sauf qu’il n’y a pas d’argent gratuit, et que tout financement doit trouver une source d’approvisionnement. Et c’est là que l’écologie punitive et contre-productive entre en jeu, avec la création de nouvelles taxes, appliquant à la lettre la doctrine bien française : "un problème, une taxe". Comme si la hausse du prix des carburants n'impactait pas assez les automobilistes...
Cette nouvelle taxe serait en réalité créée pour une filière qui ne dispose actuellement que… d’une seule société en France, Black Star, située historiquement en Isère. En 2021, Black Star, dont l’actionnaire majoritaire est Mobivia (propriétaire des marques Norauto, Midas, Carter-Cash, etc) a racheté l’ancienne usine Bridgestone à Béthune dans le Pas-de-Calais, qui emploie désormais 130 salariés, et commercialise ses produits sous la marque Leonard.
De lourdes pertes en 2024 et 2025
Malgré un chiffre d’affaires en hausse, l’entreprise a accusé un déficit de 6,7 millions d’euros en 2024 et 8,5 millions en 2025 et a demandé à être placée en procédure de sauvegarde en janvier dernier selon Libération. Faute d’une rentabilité suffisante, Mobivia cherche à se retirer du dossier.
Toujours selon Libération, Black Star paie ses pneumatiques usagés 9 € puis les revend 45 € aux distributeurs après les avoir recyclés. Sur le site de Norauto, on les trouve à des prix compris entre 46,90 € (été 155/65) et 93,90 € (4 saisons en 225/55).
Pour pouvoir être rentable, l’entreprise doit augmenter ses volumes. Une loi de 2020 impose pourtant aux services publics d’acheter en priorité des pneumatiques rechapés, mais cette loi n’est que très faiblement appliquée. Par ailleurs, pour réduire ses coûts, l’entreprise voudrait pouvoir obtenir gratuitement les carcasses.
Une nouvelle taxe sur les pneumatiques pour sauver Black Star
Plutôt que de faire appliquer la loi de 2020 qui aiderait grandement l’entreprise étant donné les volumes que cela engendrerait, les députés semblent préférer une nouvelle loi. Ainsi, le Journal Officiel, en date du 27 mars 2026, indique ainsi la mise en place d’une aide de 6 euros par pneumatique recyclé. Un financement qui trouverait sa source dans les éco-organismes qui récoltent la taxe de l’éco-contribution. Rappelons tout de même que cette éco-contribution est financée par les clients, lors de l’achat de leurs pneumatiques. Six euros supplémentaires représentent près de 20 % du prix sur un pneu d’entrée de gamme, et 5 à 6% sur du moyen gamme et un peu moins sur le haut de gamme, chez Michelin par exemple. C’est donc très loin d’être anecdotique.
Cette mesure devrait ainsi rapporter près de 15,5 millions d’euros par an à la filière du recyclage de pneumatiques, permettant à l’entreprise de repasser dans le vert. C’est comme si on demandait à tous les français de sauver cette entreprise via une nouvelle taxe.
Le recyclage des pneumatiques très répandu sur les poids-lourds, mais quasiment absent pour les voitures
Le rechapage des pneumatiques n’est pas nouveau. Après la guerre, de nombreuses voitures étaient équipées de pneus rechapés, avec parfois des accidents dramatiques, expliquant qu’ils aient quasiment disparu de nos voitures. En revanche, dans le secteur des poids-lourd, c’est une pratique très courante. On voit d’ailleurs de temps à autre des bandes de roulements qui se sont détachées des pneumatiques sur le bord de nos routes.
Recycler les pneumatiques a du sens, car actuellement, la plupart sont purement et simplement brulés en fin de vie et pas seulement sur les piquets de grève. Mais cela doit-il se faire encore sur le dos des automobilistes ?