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Le show must Ghosn: l’ancien PDG se défend et règle ses comptes

Mercredi après-midi, Carlos Ghosn s’est longuement expliqué devant des journalistes du monde entier depuis Beyrouth au Liban qu’il a rejoint en toute fin d’année. Il y dénonce le système judiciaire japonais, et règle ses comptes.
Le show must Ghosn: l’ancien PDG se défend et règle ses comptes
Par le 10/01/2020

Comme prévu, l’ancien PDG déchu, s’est présenté devant la presse du monde entier mercredi. Il a ainsi pu donner sa version des faits pendant plus d’une heure, présenter des documents prouvant selon lui son innocence sur les différentes accusations portées contre lui, et annoncé les mettre, ainsi que d’autres, à disposition de la presse internationale via son équipe d’avocat.

Une fuite nécessaire pour se défendre

Selon lui, le procès qui l’attendait était truqué. C.Ghosn remet clairement le système judiciaire japonais en cause, un système dans lequel 99,4% des prévenus sont condamnés à l’issue de leur procès et qui ne fait aucune part à la présomption d’innocence “vous êtes coupable, avouez. Vous parlez ou vous retourner en prison” lui aurait-donc demandé.

Je n’avais plus aucun espoir d’avoir une vie normale d’ici 5 ans. Ce n’est pas difficile d’arriver à la conclusion que j’allais mourir au japon. Il fallait que je m’en sorte. J’étais l’otage d’un pays que j’ai servi pendant 17 ans. Je suis prêt à être jugé dans n’importe quel pays qui a une justice, dans lesquels vous pouvez vous défendre. Ce n’était pas le cas au Japon. ” Carlos Ghosn

J’étais naïf. Je pensais  que dans un tribunal, le juge était le patron. En réalité, c’était un gentil animateur. C’est le procureur qui mène la danse. Et il y avait collision entre le procureur et Nissan.

Par ailleurs, il dénonce la mise en scène de son arrestation. En effet, alors que la vidéo de son arrestation présumée, dans son avion, à son arrivée au Japon a fait la une de toutes les télévisions, la réalité est toute autre: Carlos Ghosn est sorti de son avion, et ce n’est qu’au cours de contrôles dans l’aéroport qu’il a été arrêté avant de rejoindre 5h plus tard une cellule. "Pourquoi une telle mise en scène ?" s'interroge t-il.

Il confirme également ses conditions de détention qui ne respectaient pas selon lui les droits de l’homme: 130 jours de prison dans une cellule isolée, sans fenêtre, allumée jour et nuit, avec seulement 30 minutes de sortie, hors week ends et jours fériés, 6 jours sans aucun contact pendant les fêtes de fin d’année en 2018 (faute de personnel suffisant), interrogé nuit et jour, 2 douches par semaines, etc...

Sans surprise, aucune explication sur son évasion

Au naïfs qui pensaient qu’il allait s’exprimer sur son évasion et sur les soutiens dont il a pu bénéficier, C.Ghosn s’est contenté fort logiquement de leur répondre qu’il ne voulait pas impliquer davantage ces personnes et que la vérité serait peut-être connue d’ici quelques années.

Des rumeurs circulent également sur cette histoire, digne d’une production hollywoodienne, selon laquelle l’ancien président aurait déjà signé avec Netflix un contrat pour en faire une série sur la célèbre plate-forme. Là encore, il a totalement réfuté cette thèse, même s’il est probable que plus d’un producteur sera intéressé.

Innocent sur les 4 charges qui pèsent contre lui

Carlos Ghosn conserve sa ligne de défense, et se dit innocent sur les différentes charges dont il est accusé. “Tout ça est politique. Je suis innocent de toutes les charges".

Par exemple, sur l’accusation concernant les rémunérations non déclarées, Ghosn indique qu’on lui reproche d'avoir caché des sommes qu’il n’a pas encore touché, et qui n’ont donc pas été validées. Selon lui, dans aucun pays cela ne mène à une accusation de la sorte. Pour autant, aux USA, cette même charge avait été retenue contre lui. L’affaire a été réglée par une amende qui ne représente pas une preuve de culpabilité selon la justice américaine.

Sur les biens immobiliers acquis et mis à sa disposition, il indique, preuve à l’appui selon lui, que leur revente était prévu à l’issue de son mandat.

Sur l’affaire Versailles et sur la fête privée qui aurait été réalisée aux frais de Renault-Nissan, il affirme que le commanditaire lui aurait présenté un contrat indiquant “Salle offerte” et que celle-ci avait été confirmée par l’organisation du château de Versailles, en remerciement du mécénat de Renault. Le problème est que l’organisation confirme bien l’offre de salle, mais qu’elle était à destination de l’entreprise, et non pour une affaire privée. Mélange des genres, erreur du prestataire, difficile à dire.

Enfin, sur le dossier RNBV ou même la réserve financière en tant que PDG, il a présenté différentes pièces prouvant la chaîne de validation composée de nombreuses personnes avant de faire sortir le moindre centime.

Peu de remise en cause, mais des regrets

J’ai ressuscité cette entreprise. En 1999, elle n’est nulle part. Quand je pars en 2017, j’ai laissé 20 milliards en cash. J’ai donné 17 ans de ma vie, on a écrit 20 livres de management sur moi, et là en 1 minute, je suis devenu un type froid, avare et un dictateur”.

S’il a confirmé à travers ses différentes interviews penser mériter son salaire, et ne pas regretter avoir réclamé son dû, à l’inverse, il indique ne pas être assoiffé par l’argent, ni cupide ou avare.Il confirme qu’en 2018, il était d'ailleurs prêt à prendre sa retraite, et regrette de ne pas l’avoir fait. 

Il regrette également ne pas avoir au final accepté le poste de DG de General Motors en 2009, qui lui offrait le double de salaire, pour une tâche bien plus simple “Je n’ai pas quitté le navire, je ne suis pas avare”.

Mêmes regrets quant à certaines personnes qu’il a proposé aux conseils d’administrations de Renault ou Nissan et qui l’ont selon lui trahis.

Aucune direction, aucune stratégie au sein de l’Alliance et des résultats en chute libre

On se débarrasse de Ghosn, on se débarrasse de Renault”. Carlos Ghosn a vu juste. Mais n’est-ce pas aussi la preuve d’un problème de gouvernance, raison pour laquelle, le gouvernement français avait demandé à Ghosn de procéder à la fusion de l’Alliance, bien conscient que seul lui pouvait la faire fonctionner ?

A ce sujet, Carlos Ghosn dénonce clairement le manque de vision et de stratégie actuelle. Il cite notamment le retournement de situation quant à Thierry Bolloré, nommé à l’unanimité DG de Renault après sa chute, avant d’être 9 mois plus tard, débarqué par ce même conseil, toujours à l’unanimité.

Selon lui, Renault n'a plus aucun poids dans l'Alliance.

Au sein de l’Alliance, le consensus ne fonctionne pas, il faut forcer les synergies. Dès 2017 on préparait l’arrivée de Fiat-Chrysler au sein de l’Alliance. L’Alliance a perdu FCA. Comment peut-on perdre cela ? C’est incroyable que cela ne se soit pas produit. Ils voulaient tourner la page Ghosn, ils ont réussis. Il n’y a plus de croissance, plus de ligne stratégique, plus d’innovation, il n’y a plus rien”.

Voilà qui a le mérite d’être clair. 


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