Louis Schweitzer (1992-2005)
Quand Louis Schweitzer arrive chez Renault en 1986 en qualité de directeur financier, le constructeur est en pleine reconstruction, après avoir accusé de très grosses pertes financières. Mais lorsqu’il est nommé Président-directeur général en 1992, Renault est remis sur de bons rails d’abord grâce à Georges Besse, assassiné devant son domicile en novembre 1986, puis Raymond Lévy contraint de quitter son poste à cause de son âge.
Louis Schweitzer, cousin germain du philosophe Jean-Paul Sartre, pur produit de la haute administration et ouvertement placé à gauche sur l’échiquier politique, va être l’homme de la privatisation et de la mondialisation. Pour lui, Renault reste trop franco-français, et trop limité à son marché national et à l’Europe. Malgré son orientation politique, Louis Schweitzer va également prendre des décisions compliquées, comme la fermeture de l’usine belge de Villevorde, la délocalisation d’une partie de la production, ou encore la réduction croissante des effectifs (-25 000) selon le syndicat Lutte Ouvrière.
En 1994, le mariage raté avec Volvo n’en sera que la preuve. Le groupe Suédois était pourtant prêt à s’allier avec Renault, mais à l’heure où l’Europe n’était pas encore ce qu’elle est aujourd’hui, les Suédois ne voyaient pas d’un bon œil le poids de l’État dans Renault et donc, de facto, dans le futur groupe franco-suédois. Une situation que l’on connaîtra plus de 25 ans plus tard avec Nissan…
Le low-cost dans l’automobile: la vision de Louis Schweitzer
La privatisation arrive en 1996. Bien que l’État reste l’actionnaire majoritaire, le constructeur dispose désormais d’une marge de manœuvre plus importante. Visionnaire, il est l’un des rares dirigeants d’entreprises automobiles à croire en une alliance avec Nissan, alors au bord du gouffre. Cette alliance entre David et Goliath propulsera Renault au rang de groupe mondial.
Mais l’un de ses plus grands faits d’arme, c’est bien le rachat du petit constructeur roumain Dacia en 1999. L’acquisition de cette marque roumaine quasi inconnue fera sourire pendant quelques années, mais le rictus de certains changera rapidement de visage. Car en rachetant Dacia, Louis Schweitzer a une idée bien précise : proposer une voiture fiable et peu chère pour les pays émergents.
Il portera ce projet de bout en bout dans l’entreprise, alors que rares sont les personnes à y croire. C’est ainsi que Renault dévoile en 2004 la Logan, et après une grosse hésitation décide, contre l’idée initiale, de la proposer en France. La suite, nous la connaissons, le succès de la Logan est tel que Dacia propose ensuite la Sandero en 2007 puis le Duster en 2009.
Peu avant les années 2000, Renault paraît insatiable. Alors que le deal avec Nissan est réalisé et que Dacia a été rachetée, le constructeur français décide de reprendre Samsung Motors, un petit constructeur automobile coréen créé quelques années plus tôt, sujet à des difficultés financières. Renault en devient propriétaire à hauteur de 80,1% en l’an 2000. Mais contrairement à Nissan et Dacia, année après année, Renault peinera à donner à cette marque la place qu’elle mérite.
La Dacia Logan
Le succès en sport automobile
Sous sa présidence, Renault va connaitre ses plus belles années en Formule 1, avec six titres constructeurs (dont cinq avec Williams) et cinq titres pilotes (Nigel Mansell, Alain Prost, Michael Schumacher, Damon Hill et Jacques Villeneuve) entre 1992 et 1997, date de son retrait de la discipline, puis deux nouveaux titres constructeurs et pilotes en 2005. Renault s’engage également avec Jean-Louis Schlesser en Rallye-Raid avec des succès notables en 1999 et 2000 au Dakar.
Il est aussi l’artisan d’une période riche en innovation chez Renault, avec des modèles phares ou iconiques, comme la Clio Williams et le Spider dans les années 90, la Clio V6 dans les années 2000 et la création de la grille RS sur la Mégane. On se souvient aussi, bien sûr, des échecs comme la Vel Satis ou encore l’Avantime dans les années 2000.
Mission accomplie avec succès
En 2005, Louis Schweitzer lâche les rênes du constructeur. Son numéro 2, Carlos Ghosn, dont il ne tarit pas d’éloges malgré une personnalité diamétralement opposée, qui a largement œuvré pour remonter Nissan, prend sa succession. En 13 ans, Louis Schweitzer a profondément transformé l’entreprise. Renault est désormais un constructeur solide, le 4ème dans le monde, est présent sur tous les continents grâce à Nissan, son action en Bourse est au plus haut grâce à une rentabilité parmi les meilleures du secteur. Mission accomplie donc.
Suite à l’annonce de son décès le 6 novembre 2025, Renault renomme son site du Mans la Manufacture Louis Schweitzer.