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5. Renault sous l'occupation (1939-1945)

Alors que la guerre éclate, la France n'est pas prête, la faute à une instabilité politique chronique. Louis, déjà âgé, malade et usé par les affaires va très vite être évincé de sa propre entreprise, puis accusé de commerce avec l'ennemi.
5. Renault sous l'occupation (1939-1945)
Par le 23/06/2002

Européen convaincu avant l'heure, depuis des années, Louis Renault est persuadé que la France et l'Allemagne ont tout à gagner à construire une Europe compétitive face aux Américains.

Pour autant, il passe beaucoup d'énergie, de temps, et d'argent, dans la mise en place d'un programme d'aviation militaire pour donner à la France une réelle force face à une Allemagne de plus en plus menaçante, mais dont les gouvernements se plaisent à penser qu'elle ne viendra pas à envahir la France.

Le pouvoir politique très instable, et les divers ministres qui passeront par là, ne feront que modifier les programmes, sans en assumer les coûts, à tel point qu'avant guerre, Renault se retrouve dans une situation financière très délicate en ayant investi à perte dans des programmes militaires abandonnés. La division aviation de Renault n'est plus du tout rentable et risque d'entrainer l'entreprise à sa perte...
Malgré tout, Louis Renault veut continuer, et s'implique dans les divers programmes qui changeront au fil des humeurs des gouvernements.

Alors qu'il ne cesse d'avertir des dangers qui se préparent, la France ne veut rien entendre. Mais quand la guerre éclate, ce que Louis avait prévu arrive. L'état du parc militaire est totalement désuet face à la force allemande. Dès lors, la demande en matériel militaire cette fois est à son maximum. Mais l'entreprise n'est pas prête et ne peut assumer ces commandes, comme bien d'autres d'ailleurs. Cette incapacité à répondre à la demande sera l'un des éléments forts qui lui seront reprochés à la libération, d'autant plus qu'il veut continuer à produire des voitures qui rapportent pour sauver son entreprise d'une faillite annoncée.

Avant même que la guerre n'éclate, Louis Renault est envoyé aux États-Unis pour une mission diplomatique afin de négocier avec les américains pour produire du matériel militaire. Louis Renault n'est même pas encore rentré que c'est déjà trop tard. Les allemands sont là.

Les allemands réquisitionnent les usines françaises

L'ennemi qui convoite beaucoup les industries est très attiré par Renault car ses usines fabriquent en plus des automobiles, de l'armement et des avions.

Alors que Renault doit réparer les chars allemands, Louis est toujours aux États-Unis mais rentre à Paris à la surprise générale le 23 Juillet. Au courant des pressions pour les chars, Louis Renault commet l'erreur de rencontrer seul les deux officiers allemands qui faisaient le siège de la direction. Le lendemain, affirmant avoir son accord, les allemands exigent le démarrage des travaux.

Alors que bon nombre d'entreprises françaises ont déjà acceptées, Louis Renault refuse les demandes plus qu'insistantes du commandement allemand, et fait tout pour gagner du temps, prétextant divers problèmes d'ordre administratif. Il insiste auprès des représentants de la France, pour connaitre la position officielle. Là encore, le gouvernement ne se positionne pas, et laisse Louis Renault dans une position inconfortable. A tout moment, il risque la réquisition de force de son entreprise. Et cette fois, les allemands seraient les seuls maîtres à bord.

Une fois de plus, il cherche à gagner du temps, mais après plusieurs ultimatum, l'entreprise doit se plier aux exigences ennemies.

Rapidement, ce dernier en demande d'avantage: il veut des camions, et interdit de produire des voitures de tourisme contrairement à Simca ou Citroën.
Mais Louis Renault veut continuer à produire des voitures de tourisme, et malgré les interdictions formelles des allemands, et du gouvernement de Vichy (et son ex homme de "confiance" Lehideux qui est désormais au service de Vichy), la production civile recommence doucement.

Entre temps, Louis Renault a malgré tout "accepté" de se tenir à l'écart de sa propre affaire. C'est R.Peyrecave (reconnu après coup très "proche" de l'ennemi), un autre homme de confiance, qui devient alors le véritable patron, tandis que Louis Renault retourne dans la partie qu'il affectionne, la production afin d'entreprendre l'étude de nouveaux véhicules.

Afin de d'utiliser un maximum de personnel, à la fois car la demande en travail est grande, mais aussi afin d'occuper ses usines pour éviter que les allemands ne fassent main basse dessus, il met en place une logistique totalement improductive. Les allemands n'y voient que du feu, mais économiquement ce n'est pas ça, même si l'entreprise ne perds pas d'argent.

Il demande également l'étude d'une 14CV ainsi que d'une toute petite voiture, la fameuse 4CV après avoir été émerveillé par un projet similaire de la concurrence, et dont il savait que ce style de voiture serait demandé à la sortie de la guerre.
Et oui, contrairement à la légende, et aux déclarations des ingénieurs géniteurs de la 4CV, Louis Renault n'était absolument pas contre ce modèle, et en est même l'investigateur en demandant de produire les prototypes nécessaires à son étude. Le tout, au nez et à la barbe des allemands, ou presque.

Pendant ce temps, les chars qui finiront par sortir des usines seront utilisés sur le front. Mais, étonnamment, une circulaire demandera de retirer tous les chars sortis des usines Renault suite à de curieuses pannes et difficultés pour les réparer...

Les usines sont bombardées

En 1942, Churchill, décide de bombarder les usines qui contribuent à l'effort de guerre: Billancourt - qui, affirme à tort des tracts Anglais, "Fabrique des chars pour les Allemands" (Renault ne fabriquera jamais pour les Allemands)- sera bien sur visée.

Renault a toujours été l'icone du pays, en bien comme en mal. C'est aussi la raison des dures grèves qui ont paralysées l'entreprise quelques années auparavant.

Si Renault tombe, les autres suivront. Et encore une fois, il fallait faire un exemple, et frapper fort. Même dans la résistance, il fallait orienter l'opinion.

Dans la soirée du 3 Mars, 235 bombardiers larguent 431 tonnes de bombes. Bilan: 391 morts dont 7 chez Renault. L'usine est détruite à plus de 10%. Par chance le projet de la 4CV, développé au secret des allemands, n'est pas touché.

L'usine est reconstruite pour que le travail reprenne, mais elle sera plus lourdement touchée en 1943 par l' US Air Force. Le 9 Mars, l'usine Renault du Mans est également fortement démolie, puis le 4 Avril, c'est l' île Seguin avec la destruction de près de 8% des surfaces couvertes. Les usines Renault sont reconstruites sur ordre de Laval. En attendant, la production est paralysée.

La fin de Louis Renault, et l'arrivée de la Régie

A la libération, Louis Renault est écroué et mis au secret à la prison de Fresnes le 23 Novembre 1944, en même temps que René de Peyrecave, pour "commerce avec l'ennemi.

Bien que ses usines ont en effet participé à l'effort de guerre pour les allemands, comme toute industrie (ou presque) à l'époque, cette collaboration se déroulera alors que, aphasique et malade, il aura été écarté de la direction de son entreprise, au profit de René de Peyrecave, initialement homme de confiance.

Ce dernier, diplômé d'HEC, colonel de réserve, commandeur de la légion d'honneur fut directeur général de Renault et proche du pouvoir de Vichy. Il sera également arrêté et incarcéré en 1944. Mais son procès donnera lieu à un non-lieu en 1949.

De son côté, Louis Renault n'aura jamais droit à un procès. Il meurt le 24 octobre 1945 à la clinique Saint-Jean-de-Dieu, où il avait été transféré un peu plus tôt. Le constat du décès indique un empoissonnement généralisé dû au fait qu'il n'avait reçu aucun soin pour sa maladie en prison. Volontaire ou pas, aucune enquête ne l'indique et ainsi aucun procès n'aura lieu.

Mais sa disparition en arrange plus d'un. Pointé du doigt comme un collaborateur notoire, celui qui était l'ennemi des communistes depuis les grandes grèves qui ont eu lieu chez Renault ne dérangera ainsi plus personne. La nationalisation de ses usines n'en sera que plus facile.

Avec sa mort, le sort de son entreprise est réglé: les usines Renault sont donc nationalisées et sont placées sous la direction de Pierre Lefaucheux. Aucune indemnisation, et c'est le seul cas de l'histoire des nationalisation, n'ira au seul héritier de Louis: Jean Louis Renault.

Sa mort ne sera par ailleurs probablement pas inutile pour d'autres anciens proches au passé trouble tel que Lehideux (bien qu'il aurait protégé des membres de l'Organisation Civile et Militaire) ou Peyrecave qui s'en sortiront sans encombre avec pour chacun d'eux avec un non-lieu.

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