5. La guerre totale

5. La guerre totale
Alors que la guerre éclate, la France n'est pas prête, la faute à une instabilité politique chronique. Louis, déjà âgé, malade et usé par les affaires va être evincé de sa propre entreprise, puis accusé de commerce avec l'ennemi.
Par Team Planète Renault le 23/06/2002

Depuis des années, Louis Renault est persuadé que la France et l'Allemagne ont tout à gagner à construire une Europe compétitive face aux Américains.

Il passe ainsi avant guerre beaucoup d'énergie, de temps, et d'argent, dans la mise en place d'un programme d'aviation militaire pour donner à la France une réelle force face à une Allemagne de plus en plus menaçante, mais dont les gouvernements se plaisent à penser qu'Hitler ne chercherait pas à envahir la France.

Le pouvoir politique très instable, et les divers ministres qui passeront par là, ne feront que modifier les programmes, sans en assumer les coûts, à telle point que l'entreprise sera en situation très délicate peu avant la guerre. La division aviation de Renault n'est plus du tout rentable, et risque d'entrainer l'entreprise à sa perte...
Malgré tout, Louis Renault veut continuer, et s'implique dans les divers programmes qui changeront au fil des humeurs des gouvernements.

Alors qu'il ne cesse d'avertir des dangers qui se préparent, la France ne veut rien entendre. Mais quand la guerre éclate, ce que Louis avait prévu arrive. L'état du parc militaire est totalement désuet face à la force Allemande. Dès lors, la demande en matériel militaire cette fois est à son maximum. Mais l'entreprise n'est pas prête et ne peut assumer ces commandes. Cela sera l'un des éléments forts qui lui seront reprochés à la libération.

Avant même que la guerre n'éclate, Louis Renault est envoyé aux États-Unis pour une mission diplomatique, afin de négocier avec les américains pour produire du matériel militaire. Louis Renault n'est même pas encore rentré que c'est déjà trop tard. Les allemands sont là.

Les allemands réquisitionnent les usines françaises
Les Allemands qui convoitent beaucoup les industries sont très attirés par Renault car ses usines fabriquent en plus des automobiles, de l'armement et des avions.

Alors que Renault doit réparer les chars Allemands, Louis est toujours aux États-Unis mais rentrera à Paris à la surprise générale le 23 Juillet. Au courant des pressions pour les chars, L.Renault commet l'erreur de rencontrer seul les deux officiers Allemands qui faisaient le siège de la direction. Le lendemain, affirmant avoir son accord, les Allemand exigent le démarrage des travaux.

Alors que bon nombre d'entreprises françaises ont déjà acceptées, Louis Renault refuse les demandes plus qu'insistantes du commandement allemand, et fait tout pour gagner du temps, prétextant divers problèmes d'ordre administratif. Il insiste auprès des représentants de la France, pour connaitre la position officielle. Là encore, le gouvernement ne se positionne pas, et laisse Louis Renault dans une position inconfortable. A tout moment, il risque la réquisition de force de son entreprise. Et cette fois, les allemands seraient les seuls maitres à bord.

Une fois de plus, il cherche à gagner du temps, mais après plusieurs ultimatum, l'entreprise doit se plier aux éxigences des allemands et réparer les chars allemands et français.

Rapidement, les allemands en demandent d'avantage: ils veulent des camions, et interdisent de produire des voitures de tourisme contrairement à Simca ou Citroën.
Là encore, Louis Renault veut continuer à produire des voitures de tourisme, et malgré les interdictions formelles des Allemands, et du gouvernement de Vichy (et son ex homme de "confiance" Lehideux), la production civile recommence doucement.

Entre temps, Louis Renault a accepté de se tenir à l'écart de sa propre affaire. C'est R.Peyrecave, qui sera le véritable patron, tandis que L.Renault retourne dans la partie qu'il affection, la production afin d'entreprendre l'étude de nouveaux véhicules

Afin de d'utiliser un maximum de personnel, à la fois car la demande en travail est grande, mais aussi afin d'occuper ses usines pour éviter que les allemands ne fassent main basse dessus, il met en place une logistique totalement improductive. Les allemands n'y voient que du feu, mais économiquement ce n'est pas ça... Malgré tout, l'entreprise ne perds pas d'argent.

Il demande également l'étude d'une 14CV ainsi que d'une toute petite voiture, la fameuse 4CV. Il avait été émerveillé par un projet similaire de la concurrence, et il savait que ce style de voiture serait demandé à la sortie de la guerre.
Et oui, contrairement à la légende, et aux déclarations des ingénieurs géniteurs de la 4CV, Louis Renault n'était absolument pas contre ce modèle, et en est même l'investigateur en demandant de produire les prototypes nécessaires à son étude. Le tout, au nez et à la barbe des allemands, ou presque.

Pendant ce temps, les chars qui finiront par sortir des usines seront utilisés sur le front. Mais, étonnamment, un circulaire demandera de retirer tous les chars sortis des usines Renault suite à de curieuses pannes et difficultés pour les réparer...

Les Bombardements
En 1942, Churchill, décide de bombarder les usines qui contribuent à l'effort de guerre: Billancourt - qui, affirme à tort des tracts Anglais, "Fabrique des chars pour les Allemands" (Renault ne fabriquera jamais pour les Allemands)- sera bien sur visée.

Renault a toujours été l'icone du pays, en bien comme en mal. C'est aussi la raison des dures grèves qui ont paralysées l'entreprise quelques années auparavant. Si Renault tombait, les autres suivraient. Et encore une fois, il fallait faire un exemple, et frapper fort. Même dans la résistance, il fallait manipuler l'opinion.

Dans la soirée du 3 Mars, 235 bombardiers larguent 431 t de bombes. Bilan: 391 morts dont 7 chez Renault. L'usine est détruite à plus de 10%. Par chance le projet de la 4CV, développé au secret des Allemands, ne sera pas touché.

L'usine sera reconstruite pour que le travail reprenne, mais elle sera plus lourdement touchée en 1943 par l' US Air Force. Le 9 Mars, l'usine Renault du Mans est fortement démolie, puis le 4 Avril, c'est l' île Seguin avec la destruction de près de 8% des surfaces couvertes. Les usines Renault seront reconstruites sur ordre de Laval. En attendant, la production est paralysée.


La fin de Louis Renault, et l'arrivée de la Régie A la libération, Louis Renault est écroué à la prison de Fresnes le 23 Novembre 1944, en même temps que René de Peyrecave, pour " commerce avec l'ennemi", lui, un pur patriote qui aura été l'un des derniers industriels à résister à la pression de l'ennemi.
Pire, c'est quand il sera écarte de son affaire seulement que l'entreprise commencera à "collaborer" alors bien d'autres avaient déjà commencés, et ce, avant même que l'ordre vienne du pouvoir politique.

Il meurt le 24 octobre à la clinique Saint-Jean-de-Dieu, où il avait été transféré un peu plus tôt. Le constat du décès indique un empoissonnement généralisé dû au fait qu'il n'avait reçu aucun soins pour sa maladie en prison.

Mais était-ce vraiment involontaire ? Contrairement à d'autres, il n'aura pas pu se défendre.

Pour commencer, il était le dernier industriel résistant, en ne se soumettant jamais aux demandes allemandes, mais aussi en allant à l'encontre de leurs ordres.
Ensuite, le commerce avec l'ennemi n'a commencé seulement quand il fut mis à l'écart. Le seul responsable de l'entreprise était alors René de Peyrecave.
Enfin, et pour faire simple, tous les produits que produisait l'entreprise étaient inutilisables, car sabotés. Aucun véhicule ne servit aux Allemands, la preuve avec les chars qui furent retirés des champs de bataille.

Avec sa mort, le sort de son entreprise s'était réglé: les usines Renault sont nationalisées et, sont placées sous la direction de Pierre Lefaucheux. Aucune indemnisation, et c'est le seul cas de l'histoire des nationalisation, n'ira au seul héritier de Louis: Jean Louis Renault.
Une fois mort, certains des anciens proches, comme Lehideux, (qu'il avait fini par limoger suite à des complots visant à prend sa place) bien placé sous le régime Pétainiste, le chargeront à "mort" pour sauver leur propre tête.

C'est bien connu, les morts ne pourront pas prouver le contraire, et les absents ont toujours torts...
 

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