Accueil >  Histoire  >  Formule 1  > 

La domination totale (92-93)

La domination totale (92-93)
Les saisons 92 et 93 seront la confirmation de ce que les années précédentes, et surtout 91, avaient pu laisser paraitre, à savoir, un moteur surpuissant, allié à un châssis qui ne l'est pas moins. En deux ans, Williams-Renault va tout rafler !
Par Loic FERRIERE / RenaultTime le 27/12/2008

1992, une insolente domination

Pour la saison 92, Renault motorise toujours Williams, avec qui, tous les espoirs sont permis à la vue de la saison 91, pour remporter au moins un titre. Renault décide également de motoriser le team français Ligier, dont le pilote d'essai sera... Alain Prost, qui décide de prendre là une année sabbatique.


 

Au soir du premier Grand Prix en Afrique, tout le monde a pris une claque de la part des deux Williams-Renault. Les deux voitures de l’écurie franco-anglaises obtiennent les deux premières places sur la grille et pendant la course, personne ne fut à même de les suivre. L'équipe signe ainsi un doublé retentissant, avec le vainqueur du jour, N.Mansell, qui termine avec 34 secondes d’avance sur le 3ème, le champion sortant A.Senna.

La nouvelle arme de Williams-Renault s’appelle FW14B. Elle est pourtant très prochje de la monoplace de la saison précédente au premier coup d’œil, mais elle recèle quelques secrets. Du côté du moteur, Renault a élaboré une nouvelle version de son maintenant fameux moteur V10 RS4, tandis que Patrick Head a poursuivi la mise au point d’un nouveau système de suspension révolutionnaire.

Les traditionnels amortisseurs ont ainsi été remplacés par un système hydraulique sophistiqué géré électroniquement qui analyse chaque changement de revêtement, chaque bosse et qui permet à la monoplace de conserver toujours un assiette constante aussi bien à l’accélération, au freinage, en courbe ou en ligne droite. La voiture reste ainsi très stable ce qui permet d'obtenir un rendement maximal de l’aérodynamisme de la voiture, revu et peaufiné par l’équipe de l'excellent Adrian Newey.
 

Mansell en pleine attaque à Monaco

Le laborieux travail de mise au point a été réalisé par le pilote d’essai -Damon Hill, fils du double champion du monde de Formule 1 en 62 et 68, et qui sera lui même champion du monde en 1996 avec Williams-Renault- en parcourant des milliers de kilomètre pendant les séances d'essais privés.

Enfin, un système anti-patinage et une nouvelle boite semi-automatique, désormais programmable en fonction des différentes configurations de circuit, sont associés au moteur Renault.

Cette saison va alors être terrible pour les autres écuries de Formule 1 et en particulier l’écurie McLaren-Honda, le motoriste japonnais décidant même de se retirer dès la fin de la saison.

Ainsi, dès l'ouverture du championnat, Mansell remporte les trois premiers Grands Prix et, sans une erreur de l'équipe lors du changement des pneumatiques à Monaco, le pilote britannique aurait pu faire la passe de quatre.

A Montréal, Mansell commet l'erreur de vouloir attaquer comme un damné dès le début de la course après s’être fait piéger au départ par A.Senna. Il attaque alors violemment le Brésilien dès le début de la course et finit dans les graviers...

La situation revient à la "normale" lors de l'épreuve en France où Mansell remporte la victoire devant son coéquipier Patrese. Et hop, un nouveau doublé pour Williams Renault !



Dans le foulée, Mansell remporte les Grand Prix d’Angleterre et d’Allemagne.
Dans son jardin anglais, Mansell fait un vrai récital, malgré une pluie battante, et ce, devant des tribunes remplies de fans tous acquis à sa cause.



Après une telle première partie de championnat, le titre lui sera acquis dès le Grand Prix de Hongrie avec une seconde place derrière Senna.
A 39 ans et après 13 saisons en formule 1, il chasse le mauvais sort qui s'acharnait sur lui depuis des années, et devient enfin champion du monde.

 



Alors que l'année 1993 s’engageait donc très bien pour Mansell, puisqu'il était le champion sortant et qu'il pensait avoir les mains libres pour avoir véritablement le statut de numéro 1 chez Williams, les évènements vont prendre une mauvaise tournure...

En effet, Prost, de retour d’une année sabbatique, signe chez Williams-Renault pour le plus grand bonheur de Renault et des supporters français, mais pas pour Mansell.
Se sentant trahi par ce manque de confiance, et du peu d'estime qu'on lui porte, il décide de se retirer de la discipline, bien aidé par le refus de son équipe de lui donner un salaire à la hauteur de son statut.

Après une telle saison, couronnée de 9 victoires, 108 points marqués, 14 pôles et 8 meilleurs tours, le tout sur seulement 16 épreuves (qui en fait le meilleur “performeur” de la F1), et un titre mondial, on pouvait difficilement l'imaginer. Et pourtant !

Au final le team Williams remporte 10 courses, engrange 164 points, et signe 21 podiums et 15 pôles. De son côté, Ligier, se classe 7ème avec 6 petits points.

1993, le professeur Prost est de retour aux affaires


Pour 1993, l'équipe de pilotes de Williams fait place nette. Mansell, qui décide de claquer la porte, est remplacé dans son statut de N° 1 par Alain Prost, et Patrese, qui malgré sa seconde place au championnat a déçu, sera remercié et remplacé par le pilote d'essai qui a mis au point la suspension hydraulique, Damon Hill, qui voit la, un remerciement de la part de Williams pour le travail accompli. Beau geste !

Williams prend donc un vrai risque, en nommant un (très grand certes) pilote en mal de compétition et un Damon Hill, qui malgré une très courte pige effectuée dans un team Brabham en pleine déconfiture l'année passée, n'a pratiquement aucune expérience de la course.

L'arrivée, ou plutôt le retour de Prost aux commandes d'un moteur Renault fait un véritable “buzz” dans les médias. Dès lors, armé ainsi, Prost ne pouvait que gagner. Bonjour la pression !

Mais la réalité fut bien différente, car finalement, la concurrence avait bien travaillée et progressée. Certains, comme McLaren, possédaient même désormais la fameuse arme absolue avec la suspension Active. Et comme on n'est jamais “trahi” que par les siens, le jeune Damon Hill, se révèlera finalement bien meilleur que prévu.

La première épreuve de la saison est très satisfaisante pour Prost puisque lors du Grand Prix d’Afrique il effectue là un retour gagnant. Le “professeur”  est de retour au plus haut niveau avec à la clé, la victoire, la pôle position et le meilleur tour en course ! La FW15 vaut bien la FW14 B de l’année précédente.


Victoire en Afrique du Sud


Il faut dire aussi, que côté motorisation, Renault LE motoriste des années 90, avait concocté un tout nouveau moteur aux caractéristiques techniques impressionnantes: V10 à 67° de 740 ch. à 14300 tr/min, régime maxi à 14800 tr, 4 soupapes par cylindres pour un poids de 135 kg et une cylindrée de 3 493 cm3.

Les deux courses suivantes se déroulent sous une pluie battante et Senna triomphe avec beaucoup de flair. Au grand prix du Brésil, un dysfonctionnement de la radio contraint Prost à rester un tour de plus sur la piste et, par malchance, se fait sortir par Fittipaldi, en travers sur la piste.


Le départ du Grand Prix du Brésil

En Angleterre, à Donington, les conditions météorologiques vont vite s’avérer très changeantes. Pour preuve, Senna s’arrêtera 5 fois au stand pour changer de gommes et Prost, sept fois soit deux fois de trop par rapport à son concurrent.
Victime une nouvelle fois du manque de clairvoyance de son équipe dans les moments difficiles, le français laisse ainsi échapper la victoire.

Et c'est ainsi, que l'incroyable se produit. Au soir de ce Grand Prix insensé, Senna pointe en tête avec 26 points contre 14 pour Prost. Le manque d'expérience du français avec cette monoplace, son absence de la course l'année précédente, mais surtout le manque de cohésion de son équipe a rendu possible cette situation.

Vexé, Prost remportera malgré tout brillamment les deux Grand Prix suivants. Au grand prix d'Imola, Prost réalise la pôle position devant son coéquipier Damon Hill, et ce, a plus de deux secondes du troisième temps détenu par Schumacher.
La formidable cavalerie du V10 Renault ne laisse aucune chance à ses adversaires sur un circuit privilégiant la puissance du moteur.
A Barcelone, sa voiture se détériorant peu à peu tout au long du Grand Prix (le central électronique de sa voiture s'étant déréglé, la voiture sautait sur les bosses), il ne dut la victoire qu'à l'abandon de son coéquipier Hill, qui était alors en tête de la course.

A Monaco, Prost prends un très bon départ, trop bon départ, puisque celui-ci fut jugé trop précoce par les commissaires de piste, qui lui infligent un Stop & Go de 10 secondes. Une telle sanction à Monaco est pire que sur les autres circuits et c'est ainsi que Senna remporte son sixième et dernier Grand Prix en Principauté.

De nouveau sous pression, Prost réagit alors fortement et décroche la victoire lors des quatre courses suivantes ! La différence avec Senna est ainsi établie, et le titre en bonne voie.


Victoire en France !


Mais alors que les regards étaient rivés sur Alain Prost, son coéquipier, Damon Hill, commence à devenir de plus en plus présent et commence à signer des pôle-positions, effectuer les meilleurs tours en course et pointer en tête des courses…
Devant son public à Silverstone, il a pratiquement course gagnée lorsque son V10 Renault, pourtant dôté d’une légendaire fiabilité, va le contraindre à s’arrêter sur le bord de la piste, offrant à Prost la victoire, la cinquantième et avant dernière de sa carrière.

Le public Britannique trouve là en Damon Hill le digne successeur de Mansell dans leur cœur et sur la piste. Et le public avait vu juste, puisque quinze jours plus tard, à Hockenheim, Damon Hill fut à nouveau exceptionnel, mais victime de malchance une fois de plus, alors qu'il était une nouvelle fois en tête de la course, un pneu arrière éclate ce qui l’oblige à laisser une nouvelle fois, la victoire à Alain Prost.

Pas découragé, le grand jour arrive enfin pour Damon Hill lors du Grand Prix de Hongrie où il va mener la course de bout en bout pour remporter le premier Grand Prix de sa carrière, après seulement quelques courses, et lors de sa première saison de F1 ! Frank Williams, et Patrick Head ont eu le nez creux...

 



Et l'histoire ne s'arrête pas là pour Damon Hill, qui récidive au Grand Prix de Belgique où Prost eut à son tour son lot de malchance. Hill alors second devant Senna, récupère la première place de Prost, ce qui n'est finalement que justice.

A Monza, rebelotte. Hill remporte sa 3ème course d'affilée, même si après avoir signé le second temps aux essais, son début de course n'est pas comme il pouvait espérer. Quatre monoplaces s'accrochent au premier virage, dont la sienne. On croit que sa course est terminée. Mais, c'est le seul rescapé de l'accrochage et dès ce moment, il attaque et signe record du tour sur record du tour pour essayer de rattraper Prost. Et quand ce dernier doit abandonner, Hill en profite pour signer la victoire. Après cette course, Hill n'est plus qu'à 23 points de Prost, et peut encore espérer gagner le titre mondial, et ce, dès sa première véritable année de F1.

" C' est vrai, j'ai une opportunité, mais je n'y pense pas trop". Damon Hill



Au Portugal, il signe la pôle position avec à ses côtés Alain Prost. Mais lors du tour de formation, la première vitesse ne s'enclenche pas, et il cale donc. Relégué en dernière position, comme l'impose le règlement, une course poursuite se déclenchent donc de nouveau. Il enchaîne des tours très rapides comme en qualifs, et signe encore une fois record du tour sur record du tour. Il réussit ainsi à terminer troisième, mais le titre s'est échappé.

Prost est sacré Champion du monde pour la 4ème fois. Un titre bien mérité pour le français.



Le titre assuré, c'est un Prost las qui annonce son retrait de la F1 sans faire de mystères sur les raisons qui le poussent à prendre cette décision: fatigué par toutes les critiques émanant des journalistes, des mesquineries et de la politique, il préfère partir, après avoir conquis un superbe palmarès.

De plus, Frank williams voulant faire signer Senna, Prost ne désirait sûrement pas revivre la situation qu’il avait vécu chez McLaren quelques années auparavant. L'histoire se répètait donc chez Williams, et s'arrêtait pour Prost.


 

Un podium émouvant, le dernier pour Prost et Senna !

Frank Williams se plaisait à dire que seules ses voitures faisaient les champions du monde et non l'inverse...

A l'issue de cette saison 1993, Williams-Renault affiche de superbes stats, avec le titre de champion de monde des constructeurs, celui des conducteurs pour Prost, la troisième place de Damon Hill, 10 victoires, 22 podiums, et 15 pôles sur 16 possibles ! De son côté, la petite écurie française Ligier-Renault, marque quand à elle 23 points et signe 3 podiums.

Commentaire(s)


Laissez votre commentaire

En renseignant votre email, vous recevrez une seule et unique alerte lorsque qu'une ou plusieurs réponses seront postées. Elle ne sera pas communiquée ni revendue.