Renault 14: l'histoire d'une poire mal aimée qui fête ses 50 ans
Au milieu des années 70, Renault ne dispose pas de berline moyenne moderne dans son coeur de gamme. Certes, il y a bien la Renault 12 mais celle-ci est une tricorps. Le succès de la R4 prouve que le hayon, qui est désormais une signature de fabrique de la marque (R4, R5, R6 et R16), répond à une réelle demande. C’est ainsi que le projet 121 lancé quelques années plus tôt donnera naissance à la future R14.

La Renault 14 L
La R14, présentée en janvier 1976, est l’une des premières voitures à avoir été conçue par ordinateur (CAO). Malgré sa forme générale plutôt consensuelle et "molle" en apparence, la R14 va finalement ringardiser par son style bon nombre de concurrentes et va lancer des tendances que l’on retrouvera plus tard chez chez les autres comme les rétroviseurs extérieurs intégrés dans le coin des portes. Elle apporte aussi son lot d’innovations techniques et sera également la première Renault à faire appel à un moteur transversal qui deviendra rapidement la norme.

Ainsi positionné, le moteur permet de libérer de la place en raccourcissant le capot avant au profit de la place pour les passagers. Bien que limitée à 4 mètres de long, elle s’avère aussi logeable que la R16 pourtant 24 cm plus longue.
Une paternité trop proche de Peugeot
Le moteur justement, parlons-en puisque à l’époque il fera couler de l’encre et sera l’objet de nombreux désaccords en interne. Ce petit 4 cylindres de 1 218 cm3 de 57 ch DIN (7CV) sera ainsi l’un des premiers blocs partagés avec un autre constructeur, en l’occurrence Peugeot, via la Française des Mécaniques. Mais en plus du moteur, pour réduire les coûts, Renault récupère aussi le train avant chez Peugeot qui utilise déjà ce moteur, tandis que le train arrière est adapté de la R5.

Malgré cette paternité trop typée Peugeot pour certains, la R14 a des armes. Car outre son habitabilité, elle mise aussi sur le confort avec des suspensions à roues indépendantes, et une modularité intéressante grâce à son hayon qui permet de rabattre la banquette et ainsi de disposer d’un coffre plus vaste en cas de besoin.
Une campagne médiatique désastreuse
Bien que ses débuts soient encourageants avec notre regard de 2026 (près de 90 000 unités) cela reste bien inférieur aux objectifs. Renault va alors faire appel à Publicis pour tenter de relancer sa carrière. C’est alors que la R14 va être desservie l’année suivante par une campagne publicitaire désastreuse qui reste encore dans les mémoires de nos jours, et qui doit encore faire l’objet d’exemple à ne pas suivre chez les étudiants en communication.

La R14 est alors comparée à une poire à cause de sa forme. Quelle idée de génie ! Les humoristes ne se privent pas de s’en moquer en indiquant que ce sont plutôt les clients qui sont pris pour des poires vu le prix demandé par Renault.
Même si cette campagne l’a forcément desservie, l’impact sur ses ventes reste difficile à évaluer, la R14 ne connaissant pas de décrochage notable suite à celle-ci. Mais une chose est sûre, elle ne lui permettra pas non plus de relancer les ventes, poussant Renault à la laisser un peu sur le bord du chemin.
Deux versions dépouillées, peu d’évolution
Deux versions sont proposées à sa commercialisation et pendant trois ans: la TL (25 390 F) et la L (24 090 F) qui se distinguent extérieurement uniquement par leurs roues. Dès sa mise en production en mai 1976, la R14 est traitée comme le parent pauvre de la gamme, avec quasiment aucune évolution jusqu’en 1979 et une gamme plus que réduite ce qui n’est alors pas dans l’air du temps.

Renault va mettre près de trois ans à réagir. Initialement déclinée en versions L et TL, en 1979, la gamme sera reconstruite avec la GTL (anciennement TL) et surtout, la TS. La Renault 14 TS sera dotée en premier lieu du moteur X de 1 218 cm3 poussé à 69 ch.
En 1980, ce bloc va évoluer et verra sa cylindrée passer à 1 360 cm3 (moteur X5J), toujours produit par une filiale commune entre Renault et Peugeot, la Française de mécanique. Bien que sa puissance n’évolue quasiment pas, en revanche, il s’avère plus coupleux de 10,8 mkg contre 9,6 mkg. La R14 TS est alors facturée 35 200 F.
Côté style, elle apporte un vrai plus avec des phares à iode, de nouvelles roues “de style” comme on disait à l’époque, des appuis-têtes, un compte-tours, la condamnation automatique des portes ainsi que des vitres électriques. Ce dernier équipement est d’ailleurs une première sur une voiture de cette catégorie. En 1980, Renault ajoute quelques évolutions avec notamment des clignotants intégrés aux phares qui élargissent sa silhouette. Toutes ces nouveautés porteront leurs fruits: 1980 marquera ainsi le pic de ventes pour la 14.

La Renault 14 restylée avec ses clignotants rapportés contre les phares
Une carrière sabotée par Renault
Entre une campagne publicitaire désastreuse, un désamour du réseau Renault qui lui reproche d’être équipée d’un moteur ‘ennemi’ car la Peugeot 104 en est équipée depuis quelques années déjà, une gamme plus que réduite avec un seul moteur peu puissant, deux finitions sous-équipées pendant trois ans, un prix trop élevé et enfin une concurrence accrue, les ventes de la Renault 14 vont vite décliner.
La R14 va voir arriver une sérieuse concurrente en 1981 avec la Renault 9 (tricorps) et surtout, la Renault 11 (bicorps) en 1983, la poussant à la retraite après tout de même près d’un million d’unités vendues. Pas mal pour une voiture mal aimée !
Fiche Technique Renault 14
Années de commercialisation: de 1976 à 1983
Production: environ 1 million d’exemplaires
Dimensions:
Longueur: 4,02 mètres
Largeur: 1,62 mètre
Hauteur: 1,4 mètre
Poids: de 860 à 900 kg
Carrosserie / Châssis:
Type: berline bicorps équipée d’un hayon
Train arrière: adaptation de la R5
Motorisations et performances:
Type: 4 cylindres en ligne
Cylindrée: de 1 218 cm3 à 1 360 cm3
Puissance: de 57 à 70 ch
Position: transversale
Vitesse maximale: 156 km/h
Placer Planète Renault dans vos favoris sur Google NEWS