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3. Les années folles

3. Les années folles

En quatre ans, l'entreprise Renault est passé du stade d'adolescente au stade adulte. Son patron est respecté et il est devenu un homme puissant, parlant avec les plus grands et représentant l'automobile de France.


La reconstruction

Vue aérienne des usines Renault  prise en septembre 1919. On distingue au premier plan l'île Seguin encore pratiquement inhabitée

Après la guerre, tous les facteurs qui avaient facilité la croissance jusqu'en 1917, disparaissent mais en 1919, un nouveau constructeur Français voit le jour: Citroën, du nom de son créateur.

Grâce à la technologie des chars de la guerre, Renault met en vente des machines agricoles comme le démontre la photos ci contre, où l'on voit un tracteur à chenilles.

Mais il doit reconvertir son outil de guerre en outil de paix et moderniser ses installations et cela prendra plus de temps que prévu.

A Billancourt, la première chaîne de montage n'apparaît qu'en 1922, trois ans après l'usine d'André Citroën. Échaudé par les réactions houleuses à l'introduction du chronométrage et par les diverses grèves qui ont émaillé les années de guerre, Louis ne souhaite pas affronter de nouveaux problèmes de cet ordre car il a de gros problèmes de trésorerie a cause de la crise de 1920-1921. Il a fait de gros investissements pour " verticaliser" son entreprise, doit payer des impôts sur les bénéfices de guerre, renflouer sa branche américaine, et faire face à une conjoncture mondiale frappant fortement l'automobile.

S'il avait choisi d'emprunter, cela aurait été certainement plus rapide mais c'était contre sa nature. Il devra quand même recourir à cette aide "proposée" par les banques par la suite pour la construction du site à l'île Seguin, mais devant le refus de celles-ci, il investira son propre argent dans la construction de sa nouvelle usine. Louis n'a qu'une idée: que son entreprise soit forte et indépendante.

 Le plan de Billancourt, le petit point rouge représentant l'atelier de Louis Renault en 1898. En noir, ses installations en 1914 (à gauche) et 1920 (à droite).
Avant, après

Renault devient une société anonyme
Après la guerre, Louis Renault modifie les statuts de son entreprise et le 17 mars 1922, la Société des automobiles Renault devient la Société anonyme des usines Renault (SAUR) au capital de 80 000 000 Francs.

Plusieurs changements interviennent comme par exemple, sa fortune personnelle qui est maintenant juridiquement séparée de celle de sa société, une mesure d'ordre fiscal l'avantageant. Des actionnaires apparaissent, de même qu'un conseil d'administration de 5 membres.

Louis Renault possède 81.25 % des parts (à sa mort, elles seront passées à 96.8 %). Les trente mille actions restantes sont partagées entre le groupe bancaire Mirabaud (6900), des parents et des proches de Louis.

Ainsi, une banque fait son entrée dans la maison de celui qui disait: "Les banques, moi vivant, jamais !". Mais, comme les autres constructeurs touchés par la crise, il lui fallait un soutien financier. En 1928 pourtant, il quittera Mirabaud qui lui refuse une augmentation de capital demandée pour son chantier de l'île Seguin, et confiera surtout ses affaires au Crédit Lyonnais.

L'Île Seguin, un espace vierge à construire, qui permet à Louis de renouveler ses méthodes de management

Alors que Louis Renault avait acheté ce site dans l'idée de créer un espace récréatif pour ses employés, il se rend compte que ses grands ateliers modernes de montage, c'est là qu'il doit les construire.

L'île Seguin, imaginée par Louis Renault en 1927, était la seule alternative pour s'adapter à un marché en crise mais néanmoins très concurrentiel.
L'installation de Renault sur l'île Seguin est la conséquence indirecte de la fascination qu'exercent Louis Renault et Henry Ford l'un sur l'autre. C'est en effet après la visite des usines de Détroit et la fascination devant la découverte de la technologie de la logistique américaine que Louis Renault décidera de se lancer dans ce pari fou qu'est la construction de sa nouvelle usine, entièrement financée de sa poche, devant le refus des banques de lui prêter de l'argent dans une période compliquée. Avec cette nouvelle usine, il veut moderniser ses méthodes de fabrication, baisser le coût des voitures, apporter des perfectionnements importants aux moteurs et aux carrosseries.

Ces différents objectifs ont en fait pour origine la dégradation des bénéfices sur la fabrication d'automobiles. Le pari sera finalement gagné, et il se dessine, à partir de 1935, un authentique modèle automobile français qui se caractérise par un travail à la chaîne associé à de nouveaux outils de gestion comme la planification ou les études de marché.

Construction en 1930, de la centrale thermique qui assurera les besoins énergétiques aux usines de l'île.

La construction de l'usine se déroule en deux étapes: une plate forme de 220m de large devant supporter les futures chaines de montage a d'abord été établie au centre de l'île. L'assise a été assurée par quelques milliers de pieux plantés à plus de 10m de profondeur.

Près de 56 000m² ont ainsi pu être aménagés dès 1929. Puis, dans le prolongement du premier est venu s'ajouter un deuxième ensemble de 250 m de long sur 140m de large, soit une surface aménageable de près de 80 000m². Les travaux seront terminés en 1934.

A cela, il a fallu ajouter, même sans l'accord des autorités, toute une infrastructure pour relier l'île à la terre ferme: ponts, palées, raccords à la ligne de chemin de fer de Meudon sur la rive gauche de la Seine, ainsi que des installations pour l'accostage des bateaux, et enfin, une énorme centrale électrique sur la pointe aval. Une fois terminée, de très nombreux modèles sortiront de la nouvelle usine tels que des voitures pour particuliers, des autocars, des véhicules industriels, ainsi que des automotrices, remplacées par des chars B1 en 1939.

Le symbole massif d'une puissance industrielle qui avait fait de Renault "L'automobile de France" fermera cependant ses portes le 31 Mars 1992. Après n'avoir été plus q'un vieux bâtiment désarmé hanté par les vieux souvenirs, le site est actuellement réhabilité après de nombreuses péripéties.

Diversification de la production
Devant le manque d'efficacité de l'environnement industriel de l'époque, Renault choisi la concentration verticale, afin d'obtenir des matériaux à bas prix et d'une qualité constante ou tout au moins qu'il peut contrôler et adapter.

La nouvelle société est devenue un énorme groupe produisant de très nombreux articles. Ce catalogue d'activités est regroupé sous le nom de " Industries métallurgiques et constructions mécaniques en général". C'est un véritable Trust qui s'annonce. Hormis le charbon, le cuir, le fer, les glaces et les tissus, Renault fabrique tout ce qui peut réduire sa dépendance. Mais, comme il sait très bien compter, il s'approvisionne a l'extérieur si c'est moins cher que du fait maison. Son catalogue est très complet même si certains produits ne sont pas toujours très réussis, et parfois même contre-productifs (comme les pneumatiques). Renault produit tellement de produits annexes qu'en 1939, il devient le premier producteur (tout produit confondu).

Voici, quelques produits que Renault fabriquera:

 

  • Bloc de briques: Avec le mâchefer, on recycle beaucoup de matériaux comme des déchets de fonderie ce qui permet de faire de la ouate ( voir plus bas). La Société Anonyme des Usines Renault fabrique aussi d'excellentes briques. D'abord utilisées pour augmenter la surface des ateliers de Billancourt, leur surplus est vendu à des casernes, à des hôpitaux, et même à Citroën en 1933, pour sa nouvelle usine de Javel !
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  • Huiles: Pour améliorer la lubrification des moteurs d'automobiles, d'avions et de bateaux, Louis Renault crée la Société Anonyme des huiles Renault en 1911.
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  • Bougies: Auparavant, les moteurs ne possédaient pas de bougies. L'allumage se faisait alors par un système de brûleur, difficile à apprivoiser. Renault a été l'un des premiers à produire de 1904 à 1946, la bougie.....qui est au brûleur ce que l'allumette est au silex.
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  • Morceau de ouate: Au lieu d'acheter aux filatures du Nord de la France une ouate trop coûteuse, la société Renault la produit pour devenir en 1939, le premier fabricant de cette matière. Alors, même l'assistance publique achète de la ouate pharmaceutique " Made In Renault"
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  • Sable: En 1922, les usines Renault auront en région parisienne, leur propre carrière de sable, utilisée pour fondre des pièces mécaniques.
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  • Pneus: En 1932, Renault en désaccord avec les nouveaux prix et normes Michelin, se tourne, sans succès, vers d'autres fournisseurs avant d'entamer en 1935 sa propre production de pneus. Les progrès techniques de la concurrence vont conduire à l'abandon de cette activité en 1955
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  • Renault possède aussi un domaine forestier, une scierie, une fabrique de caoutchouc, du carton, de l'appareillage électrique. On ne peut pas dire, que la production n'est pas complète !
  • Renault fabriquera de même tous les véhicules possibles et inimaginables qui ont un moteur. En effet, rails, wagons, et autres n'intéressent pas Louis Renault. Pas de moteur là dedans !

    Mais les locomotive oui, comme ci contre, une automotrice Renault en Tunisie en 1925.

    Nouvelles implantations dans le monde
    De 1918 à 1929, Louis Renault crée une trentaine de nouvelles filiales en France et développe ses implantations dans les colonies. Il crée deux usines de montage, l'une en Belgique (1926) et l'autre en Angleterre (1927). En 1929, Renault est représenté dans 49 pays du monde !

    Créations de la DIAC et d'un groupe financier
    Pour faciliter la consommation, ou pour la pousser, Renault va s'inspirer du modèle des USA existant déjà avant la guerre, et après André Citroën: "le crédit à la vente".

    Ce n'est pas encore le crédit personnel, appliqué en France que vers 1950, mais un système d'aide aux agents, garagistes, et concessionnaires. En 1924, Renault fonde la DIAC ( Diffusion Industrielle et Automobile par le Crédit). Cette filiale ne devait pas faire de bénéfice mais c'est pourtant ce qu'elle fera en 1931 où ils dépassent les 6 800 000 Francs.

    Renault crée aussi un groupe financier en 1929: la SFF ( Société Financière et Foncière) . Cette filiale avait été créé pour faciliter le développement des agences. Comme la DIAC, elle est indépendante de " l'usine" (car Louis Renault ne disait pas " l'entreprise"), mais la SAUR est un actionnaire largement majoritaire. Cette société emprunte sur le marché et redistribue l'argent aux agents Renault. Elle va d'ailleurs aider la DIAC à financer les ventes à crédits. Ce n'est pourtant qu' en 1945, que la SFF va figurer sur les listes de banques à titre de banque de dépôt. A ses filiales viendra s'ajouter en 1932, la SEIR ( Société d' Entreprise Immobilière Renault). Ces créations constituent aujourd'hui la holding Compagnie financière Renault.

    Deux hommes, deux stratégies:

    L'Empereur !

    De 1919 à 1935, deux personnalités s'opposent: André Citroën et Louis Renault (ci-dessus). L'un, ingénieur polytechnicien est expansif brillant et aventureux. Il a des idées en avance sur son temps, mais une gestion complètement dépendante des financements extérieurs. Cela l'amènera même à demander l'aide à Ford ou a Général Motors.

    Louis Renault n'a pour diplôme que le bac, mais c'est un aussi un véritable génie. C'est un solitaire rugueux, prudent et réaliste, qui à l'inverse de A.Citroën, préfère recompter ses sous deux fois plutôt qu'une et ne veut rien devoir à personne. Tout l'argent que gagne Citroën, il le réinvestit dans des usines, avec Billancourt en point de mire. Renault a deux usines à l'étranger, lui il en construira quatre. Renault a ses propres fonderies et forges, il aura les siennes. Renault fabrique des taxis, et exploite un réseaux d'autocars, il fera de même.

    Pour calmer un peu le jeu, Renault lui "offrira" même le marché des petites voitures jusqu'à la 10 CV. En vain. Cette lutte française permettra une vraie stimulation de la création automobile et de la production.

    En 1919, l'arrivée à grand fracas de Citroën avec sa 10 CV, donne peur à Louis Renault. Il décide alors de renouveler sa gamme 10 CV afin de lutter avec "le petit dernier". Il ne s'agit que d'un modèle d'avant série (ci dessous) et la 10 CV définitive ne sera prête qu'en fin d'année. Elle fera ses débuts en public au Salon 1919... en même temps que sa rivale au double chevron. La première confrontation avait commencé.

    Mais 15 ans plus tard, en 1935, Citroën est à la dérive, "lâché" par les banque sur qui il avait trop compté. Le gouvernement de l'époque proposera à Renault de racheter son rival puisqu'il en a alors les moyens, mais il refusera cependant l'offre par souci de ne pas humilier son adversaire qu'il respectait tant.

    Finalement, malgré la lutte infernale, les deux adversaires avaient de l'estime l'un pour l'autre, sinon de l'admiration. A la mort de Citroën, Louis Renault écrira: "Je suis très heureux d'avoir eu M. Citroën pour concurrent car il m'a fait travailler, il m'a obligé à lutter". Tout est dit !

    Les autres constructeurs de l'époque étaient quasi inexistant et dès 1926, l'arrivée du franc fort va éliminer les petits constructeurs, et seuls vont rester Renault, Citroën, Peugeot, et quelques autres contre... 156 en 1918.



     

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