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Le ton monte avec Nissan, la négo avec Fiat continue

Après l’échec des négociations sur une potentielle fusion avec Fiat, les relations semblent se durcir entre le constructeur français et son allié de 20 ans Nissan. Dans le même temps, Fiat et Renault n'ont pas abandonné leur projet de fusion.
Le ton monte avec Nissan, la négo avec Fiat continue
Par Loic FERRIERE le 13/06/2019

Bien que Renault semblait vouloir faire un pas en direction de Nissan, Jean-Dominique Senard, le nouveau président de Renault a adressé une lettre à son homologue Hiroto Saikawa, dans laquelle, selon l’AFP qui l’aurait consultée, il indique son refus de valider la nouvelle gouvernance de Nissan, ce qui bloque le projet de réforme du constructeur nippon.

Cette nouvelle gouvernance a officiellement pour principal objectif d’éviter à l’avenir que « l’affaire Ghosn » ne se reproduise, en créant trois comités disposant d’importants pouvoirs, mais distincts.

Chez Renault, on voit cette nouvelle gouvernance comme un risque de limiter le pouvoir de Renault –déjà faible-  mais qui est pourtant le principal actionnaire avec plus de 40%. Selon l’AFP, Senard ne doute pas de la gouvernance en elle-même, mais il demande qu’un ou deux administrateurs nommés par Renault soient présents dans chaque commission afin de conserver la main sur les décisions du constructeur nippon.

La divulgation de cette lettre arrive tout juste après l’échec des négociations sur la fusion entre Renault et FCA. Echec qui serait le fruit d’une volonté de l’Etat, bien que plutôt favorable publiquement à ce projet, de légèrement temporiser pour inclure Nissan –qui reproche par ailleurs l’omniprésence de l’Etat dans son alliance- dans ce projet. Au Japon, cette échec est plutôt imputé à Nissan qui avait décidé de s’abstenir lors du vote.

Ce manque de soutien est vu par certains comme un risque pris par l’actuel gouvernement, donnant ainsi plus de poids encore à Nissan. D’autres estiment plutôt qu’il s’agit d’une bonne nouvelle et que le projet de Fiat n’était finalement qu’un coup financier que tentaient les italiens, sans intérêt technique pour Renault.

Senard fait avec les moyens du bord

Malgré ses 43% de participation dans Nissan, Renault a en réalité peu de marges de manœuvre chez Nissan. L’Alliance était organisée pour être réellement gérée par un seul homme, C.Ghosn, à la fois PDG de Renault, PDG puis Président de Nissan, et encore PDG de Mitsubishi qui avait rejoint l’alliance dernièrement.

Depuis 2015, suite à la montée de l’Etat au capital de Renault lui accordant des droits de vote doubles, des accords dits « Rama » interdisent à Renault, ou plutôt, à ses administrateurs d’aller à l’encontre des dirigeants de Nissan. D’où l’importance de pouvoir placer des personnes de confiance dans les autorités de son allié sous peine de ne plus disposer d’aucun droit.

La fusion avec Fiat n’est pas enterrée

Bien que FCA ait décidé de retirer sa proposition aussi rapidement qu’elle était arrivée, l’idée d’un mariage n’est pas morte. FCA a tenté d’imposer ses conditions, mais devant la frilosité de l’Etat français eu égard de Nissan, qui parait-il n’a pas spécialement apprécié la démarche craignant de perdre son influence, l’affaire n’a pu se faire.

Fragilisé par son alliance qui bat de l’aile menant  à une capitalisation boursière très basse actuellement, Renault fait presque figure de proie sur le marché financier.  En ce point, la présence –souvent décriée de l’Etat- est un gage de sécurité.

Pourtant, c’est oublier que le constructeur français n’a jamais été aussi profitable (plus que Nissan), et n’a jamais autant vendu de véhicules. Sur le plan technologique, il a pris très tôt le virage de l’électrique au contraire de Fiat, très en retard, et commence à lancer des offres hybrides. Enfin, hormis aux USA, Renault est présent dans le monde entier, même s’il faut bien l’avouer il peine encore en Chine et en Inde.

L’annonce du retrait de l’offre par FCA a été perçue comme une bonne nouvelle pour beaucoup d’observateurs tant cette fusion semblait d’une part précipitée, mais aussi et surtout « équilibrée » en faveur d’un groupe italien. Ce dernier, en bien mauvaise posture,  voulait le beurre et l’argent du beurre.

Selon Reuters, John Elkann et Jean-Dominique Senard seraient de nouveau entrés en contact pour relancer ce projet « qui a enthousiasmé le président de Renault et son directeur général Thierry Bolloré » selon des sources au sein de l’alliance.

Certains avancent que Nissan demanderait à Renault de réduire sa participation dans son actionnariat pour obtenir son accord. Pas sur cependant que se séparer d’une partie d’un Nissan, certes en petite forme, mais vaillant, contre un groupe FIAT moribond voire sans consistance serait une bonne idée. En tout cas, pas selon les conditions fixées par l’italien.

Espérons que cette fois, Renault et Nissan pourront imposer leurs propres conditions face à Fiat qui devra quoiqu’il arrive s’allier avec un concurrent. Que ce soit Renault ou un autre. Le temps joue en sa défaveur.

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Le ton monte avec Nissan, la négo avec Fiat continue - Planète Renault
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Le ton monte avec Nissan, la négo avec Fiat continue

Après l’échec des négociations sur une potentielle fusion avec Fiat, les relations semblent se durcir entre le constructeur français et son allié de 20 ans Nissan. Dans le même temps, Fiat et Renault n'ont pas abandonné leur projet de fusion.
Le ton monte avec Nissan, la négo avec Fiat continue
Par Loic FERRIERE le 13/06/2019

Bien que Renault semblait vouloir faire un pas en direction de Nissan, Jean-Dominique Senard, le nouveau président de Renault a adressé une lettre à son homologue Hiroto Saikawa, dans laquelle, selon l’AFP qui l’aurait consultée, il indique son refus de valider la nouvelle gouvernance de Nissan, ce qui bloque le projet de réforme du constructeur nippon.

Cette nouvelle gouvernance a officiellement pour principal objectif d’éviter à l’avenir que « l’affaire Ghosn » ne se reproduise, en créant trois comités disposant d’importants pouvoirs, mais distincts.

Chez Renault, on voit cette nouvelle gouvernance comme un risque de limiter le pouvoir de Renault –déjà faible-  mais qui est pourtant le principal actionnaire avec plus de 40%. Selon l’AFP, Senard ne doute pas de la gouvernance en elle-même, mais il demande qu’un ou deux administrateurs nommés par Renault soient présents dans chaque commission afin de conserver la main sur les décisions du constructeur nippon.

La divulgation de cette lettre arrive tout juste après l’échec des négociations sur la fusion entre Renault et FCA. Echec qui serait le fruit d’une volonté de l’Etat, bien que plutôt favorable publiquement à ce projet, de légèrement temporiser pour inclure Nissan –qui reproche par ailleurs l’omniprésence de l’Etat dans son alliance- dans ce projet. Au Japon, cette échec est plutôt imputé à Nissan qui avait décidé de s’abstenir lors du vote.

Ce manque de soutien est vu par certains comme un risque pris par l’actuel gouvernement, donnant ainsi plus de poids encore à Nissan. D’autres estiment plutôt qu’il s’agit d’une bonne nouvelle et que le projet de Fiat n’était finalement qu’un coup financier que tentaient les italiens, sans intérêt technique pour Renault.

Senard fait avec les moyens du bord

Malgré ses 43% de participation dans Nissan, Renault a en réalité peu de marges de manœuvre chez Nissan. L’Alliance était organisée pour être réellement gérée par un seul homme, C.Ghosn, à la fois PDG de Renault, PDG puis Président de Nissan, et encore PDG de Mitsubishi qui avait rejoint l’alliance dernièrement.

Depuis 2015, suite à la montée de l’Etat au capital de Renault lui accordant des droits de vote doubles, des accords dits « Rama » interdisent à Renault, ou plutôt, à ses administrateurs d’aller à l’encontre des dirigeants de Nissan. D’où l’importance de pouvoir placer des personnes de confiance dans les autorités de son allié sous peine de ne plus disposer d’aucun droit.

La fusion avec Fiat n’est pas enterrée

Bien que FCA ait décidé de retirer sa proposition aussi rapidement qu’elle était arrivée, l’idée d’un mariage n’est pas morte. FCA a tenté d’imposer ses conditions, mais devant la frilosité de l’Etat français eu égard de Nissan, qui parait-il n’a pas spécialement apprécié la démarche craignant de perdre son influence, l’affaire n’a pu se faire.

Fragilisé par son alliance qui bat de l’aile menant  à une capitalisation boursière très basse actuellement, Renault fait presque figure de proie sur le marché financier.  En ce point, la présence –souvent décriée de l’Etat- est un gage de sécurité.

Pourtant, c’est oublier que le constructeur français n’a jamais été aussi profitable (plus que Nissan), et n’a jamais autant vendu de véhicules. Sur le plan technologique, il a pris très tôt le virage de l’électrique au contraire de Fiat, très en retard, et commence à lancer des offres hybrides. Enfin, hormis aux USA, Renault est présent dans le monde entier, même s’il faut bien l’avouer il peine encore en Chine et en Inde.

L’annonce du retrait de l’offre par FCA a été perçue comme une bonne nouvelle pour beaucoup d’observateurs tant cette fusion semblait d’une part précipitée, mais aussi et surtout « équilibrée » en faveur d’un groupe italien. Ce dernier, en bien mauvaise posture,  voulait le beurre et l’argent du beurre.

Selon Reuters, John Elkann et Jean-Dominique Senard seraient de nouveau entrés en contact pour relancer ce projet « qui a enthousiasmé le président de Renault et son directeur général Thierry Bolloré » selon des sources au sein de l’alliance.

Certains avancent que Nissan demanderait à Renault de réduire sa participation dans son actionnariat pour obtenir son accord. Pas sur cependant que se séparer d’une partie d’un Nissan, certes en petite forme, mais vaillant, contre un groupe FIAT moribond voire sans consistance serait une bonne idée. En tout cas, pas selon les conditions fixées par l’italien.

Espérons que cette fois, Renault et Nissan pourront imposer leurs propres conditions face à Fiat qui devra quoiqu’il arrive s’allier avec un concurrent. Que ce soit Renault ou un autre. Le temps joue en sa défaveur.

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