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3. La reconstruction de Renault pendant les années folles (1919-1928)

En quatre ans, la petite entreprise Renault est passée du stade d'adolescente au stade adulte. Son patron est respecté et il est devenu un homme puissant, parlant avec les plus grands et représentant l'automobile de France.
3. La reconstruction de Renault pendant les années folles (1919-1928)
Par le 23/06/2002

Après la guerre, tous les facteurs qui avaient facilité la croissance jusqu'en 1917, disparaissent mais en 1919, un nouveau constructeur Français, qui va offrir une grande résistance à Renault voit le jour: Citroën, du nom de son créateur.

Outre des voitures, des autobus ou des camions, grâce à la technologie des chars de la guerre, Renault met en vente des machines agricoles comme le démontre la photos ci contre, où l'on voit un tracteur à chenilles.

Mais il doit reconvertir son outil de guerre en outil de paix et moderniser ses installations et cela prendra plus de temps que prévu.

Usines Renault en 1919
Vue aérienne des usines Renault  prise en septembre 1919. On distingue au premier plan l'île Seguin encore pratiquement inhabitée

A Billancourt, la première chaîne de montage n'apparaît qu'en 1922, trois ans après l'usine d'André Citroën. Échaudé par les réactions houleuses à l'introduction du chronométrage et par les diverses grèves qui ont émaillé les années de guerre, Louis ne souhaite pas affronter de nouveaux problèmes de cet ordre, et il fait face à de gros problèmes de trésorerie suite aux crises de 1920-1921. Il a fait de gros investissements pour " verticaliser" son entreprise, doit payer des impôts sur les bénéfices de guerre, renflouer sa branche américaine, et faire face à une conjoncture mondiale frappant fortement l'automobile.

Louis Renault décide de faire face seul, et refuse tout emprunt bancaire.

 Le plan de Billancourt, le petit point rouge représentant l'atelier de Louis Renault en 1898. En noir, ses installations en 1914 (à gauche) et 1920 (à droite).
Avant, après

Louis Renault - André Citroën: deux hommes, deux stratégies

L'Empereur !

De 1919 à 1935, deux personnalités s'opposent: André Citroën et Louis Renault (ci-dessus). L'un, ingénieur polytechnicien est expansif brillant et aventureux. Il a des idées en avance sur son temps, mais une gestion complètement dépendante des financements extérieurs. Cela l'amènera même à demander l'aide à Ford ou a Général Motors.

Louis Renault n'a pour diplôme que le bac, mais c'est un aussi un véritable génie. C'est un solitaire rugueux, prudent et réaliste, qui à l'inverse de Citroën, préfère recompter ses sous deux fois plutôt qu'une et ne veut rien devoir à personne. Tout l'argent que gagne Citroën, il le réinvestit dans des usines, avec Billancourt en point de mire. Renault a deux usines à l'étranger, lui il en construira quatre. Renault a ses propres fonderies et forges, il aura les siennes. Renault fabrique des taxis, et exploite un réseaux d'autocars, Citroën fera de même.

Pour calmer un peu le jeu, Renault lui "offrira" même le marché des petites voitures jusqu'à la 10 CV. En vain. Cette lutte française permettra cependant une vraie stimulation de la création automobile et de la production.

Ainsi, en 1919, l'arrivée à grand fracas de Citroën avec sa 10 CV, donne peur à Louis Renault qui décide alors de renouveler sa gamme 10 CV afin de lutter avec "le petit dernier". Il ne s'agit que d'un modèle d'avant série (ci dessous) et la 10 CV définitive ne sera prête qu'en fin d'année. Elle fera ses débuts en public au Salon 1919... en même temps que sa rivale au double chevron. La première confrontation avait commencé.

Mais 15 ans plus tard, en 1935, Citroën est à la dérive, "lâché" par les banque sur qui il avait trop compté. Le gouvernement de l'époque propose à Renault de racheter son rival puisqu'il en a alors les moyens, mais il refuse cependant l'offre par respect pour Citroën avancent certaines sources.

Finalement, malgré la lutte infernale, les deux adversaires avaient de l'estime l'un pour l'autre, sinon de l'admiration. A la mort de Citroën, Louis Renault écrira: "Je suis très heureux d'avoir eu M. Citroën pour concurrent car il m'a fait travailler, il m'a obligé à lutter". Tout est dit.

Outre Renault et Citroën, les autres constructeurs de l'époque, hormis dans une certaine mesure Peugeot, se cantonnaient à des marchés de niches et très souvent de luxe. Dès 1926, l'arrivée du Franc fort va éliminer les petits constructeurs, et seuls vont rester Renault, Citroën, Peugeot, et quelques autres contre plus de 150 à la sortie de la guerre en 1918.

La 40 CV fait la renommée de Renault

Les années d'entre deux guerres marquent l'apogée de l'ère automobile. De nombreux constructeurs français de voiture de luxe voient le jour, et de nombreux carrossiers réalisent de superbes oeuvres en utilisant des châssis Renault.

C'est notamment le cas avec la fameuse 40CV, une voiture motorisée par un moteur surpuissant, dont la réputation est notamment faites grâces à de nombreux exploits sportifs. Au milieu des années 20, la 40 CV est alors ce qui se fait de mieux en matière d'automobile.

La 40CV fait d'ailleurs partie des quelques modèles de l'époque a avoir arboré plusieurs insignes, et notamment la version ronde de 1923, puis deux ans plus tard, le premier losange de la marque.

Logo Renault en 1923
Logo Renault de 1923

Signe Renault 1925
Logo Renault dès 1925

Renault devient une société anonyme

Après la guerre, Louis Renault change les statuts de son entreprise et le 17 mars 1922, la Société des automobiles Renault devient la Société anonyme des usines Renault (SAUR) au capital de 80 000 000 Francs.

Plusieurs changements interviennent comme par exemple, sa fortune personnelle qui est maintenant juridiquement séparée de celle de sa société, une mesure d'ordre fiscal l'avantageant. Des actionnaires apparaissent, de même qu'un conseil d'administration composé de 5 membres.

Louis Renault possède 81,25 % des parts (à sa mort, elles seront passées à 96.8 %). Les trente mille actions restantes sont partagées entre le groupe bancaire Mirabaud (6 900), des parents et des proches de Louis.

Ainsi, une banque fait son entrée dans la maison de celui qui disait: "Les banques, moi vivant, jamais !". Mais, comme les autres constructeurs touchés par la crise, il lui faut un soutien financier.

En 1928 pourtant, il quitte Mirabaud qui lui refuse une augmentation de capital demandée pour son chantier de l'île Seguin, et confiera surtout ses affaires au Crédit Lyonnais.

Diversification de la production

Devant le manque d'efficacité de l'environnement industriel de l'époque, Renault choisi la concentration verticale, afin d'obtenir des matériaux à bas prix et d'une qualité constante ou tout au moins qu'il peut contrôler et adapter.

La nouvelle société est devenue un énorme groupe produisant de très nombreux articles. Ce catalogue d'activités est regroupé sous le nom de " Industries métallurgiques et constructions mécaniques en général". C'est un véritable Trust qui s'annonce.

Hormis le charbon, le cuir, le fer, les glaces et les tissus, Renault fabrique tout ce qui peut réduire sa dépendance. Mais, comme il sait très bien compter, il s'approvisionne a l'extérieur si c'est moins cher que du fait maison. Son catalogue est très complet même si certains produits ne sont pas toujours très réussis, et parfois même contre-productifs (comme les pneumatiques). Renault produit tellement de produits annexes qu'en 1939, il devient le premier producteur (tout produit confondu).

Parmi toutes ces productions, on peut cependant relever:

  • Bloc de briques: Avec le mâchefer, on recycle beaucoup de matériaux comme des déchets de fonderie ce qui permet de faire de la ouate ( voir plus bas). La Société Anonyme des Usines Renault fabrique aussi d'excellentes briques. D'abord utilisées pour augmenter la surface des ateliers de Billancourt, leur surplus est vendu à des casernes, à des hôpitaux, et même à Citroën en 1933, pour sa nouvelle usine de Javel !
     
  • Huiles: Pour améliorer la lubrification des moteurs d'automobiles, d'avions et de bateaux, Louis Renault crée la Société Anonyme des huiles Renault en 1911.
  • Bougies: Auparavant, les moteurs ne possédaient pas de bougies. L'allumage se faisait alors par un système de brûleur, difficile à apprivoiser. Renault a été l'un des premiers à produire de 1904 à 1946, la bougie... qui est au brûleur ce que l'allumette est au silex.

  • Morceau de ouate: Au lieu d'acheter aux filatures du Nord de la France une ouate trop coûteuse, la société Renault la produit pour devenir en 1939, le premier fabricant de cette matière. Alors, même l'assistance publique achète de la ouate pharmaceutique " Made In Renault".
     
  • Sable: En 1922, les usines Renault auront en région parisienne, leur propre carrière de sable, utilisée pour fondre des pièces mécaniques.
  • Pneus: En 1932, Renault en désaccord avec les nouveaux prix et normes Michelin, se tourne, sans succès, vers d'autres fournisseurs avant d'entamer en 1935 sa propre production de pneus. Les progrès techniques de la concurrence vont conduire à l'abandon de cette activité en 1955
     
  • Renault possède aussi un domaine forestier, une scierie, une fabrique de caoutchouc, du carton, de l'appareillage électrique. On ne peut pas dire, que la production n'est pas complète !

 

Renault fabriquera de même tous les véhicules possibles et inimaginables qui ont un moteur. A l'inverse, rails, wagons, et autres n'intéressent pas Louis Renault. Pas de moteur là dedans !

Ci-contre, une automotrice Renault en Tunisie en 1925.

Nouvelles implantations dans le monde

De 1918 à 1929, Louis Renault crée une trentaine de nouvelles filiales en France et développe ses implantations dans les colonies. Il crée deux usines de montage, l'une en Belgique (1926) et l'autre en Angleterre (1927). En 1929, Renault est représenté dans 49 pays du monde !

Créations de la DIAC et d'un groupe financier

Pour faciliter la consommation, ou pour la pousser, Renault va s'inspirer du modèle des USA existant déjà avant la guerre, et après André Citroën: "le crédit à la vente".

Ce n'est pas encore le crédit personnel, appliqué en France vers 1950, mais un système d'aide aux agents, garagistes, et concessionnaires. En 1924, Renault fonde ainsi la DIAC ( Diffusion Industrielle et Automobile par le Crédit). Cette filiale ne devait initialement pas faire de bénéfices mais c'est pourtant ce qu'elle fera en 1931 où elle dépasse les 6 800 000 Francs.

Renault fonde aussi un groupe financier en 1929: la SFF ( Société Financière et Foncière). Cette filiale avait été créé pour faciliter le développement des agences.

Comme la DIAC, elle est indépendante de " l'usine" (Louis Renault ne disait pas " l'entreprise"), mais la SAUR est un actionnaire largement majoritaire. Cette société emprunte sur le marché et redistribue l'argent aux agents Renault. Elle va d'ailleurs aider la DIAC à financer les ventes à crédits.

Ce n'est pourtant qu' en 1945, que la SFF va figurer sur les listes de banques à titre de banque de dépôt. A ses filiales viendra s'ajouter en 1932, la SEIR ( Société d' Entreprise Immobilière Renault). Ces créations constituent aujourd'hui la holding Compagnie financière Renault.


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