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Par Loic FERRIERE le 23/06/2002
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1. Les défis du nouveau siècle
C'est par un exploit que débute l'histoire Renault. Le soir du 24 décembre 1898, Louis Renault, au volant de sa voiturette pétaradante, gagne le pari de l'ascension de la rue Lepic à Paris.
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Cette voiture était en fait un tricycle de Dion-Bouton 3/4 ch, que Louis avait acheté avec ses économies réalisées pendant son service militaire. Louis Renault l'a construite en deux mois. Il a dessiné et forgé de ses mains l'essieu avant et arrière ainsi que le châssis. L'engin est transformé en quadricycle. Les amis de Louis enthousiasmés par le prodige qu'il avait fait, lui commandèrent 12 exemplaires de cette voiturette.
Le 9 février 1899 il dépose un brevet d'invention pour voitures automobiles pour un " mécanisme de transmission et de changement de vitesses pour voitures automobiles". Il vient de révolutionner le monde automobile en inventant la boîte de vitesse à prise directe. Silencieux et peu encombrant ce système va remplacer la transmission par chaîne. Ci dessus, l'atelier de Louis Renault.
Louis Renault a maintenant montré à ses frères de quoi il est capable et il les convainc de réunir 60 000 francs-or pour créer une petite société. C'est ainsi que le 25 février 1899 Louis, Marcel, et Fernand créent la société "Renault Frère".
Cette société n'est prévue que pour une durée de deux ans, juste le temps de produire une trentaine de voitures. "L'usine" est installée au bout du jardin potager familial. Une serre est transformée en magasin, et on construit une cabane servant de bureau. Louis se lève tous les matins à 6H00 et se couche à 23H00.
Il présente la Type A au deuxième salon de l'auto. Les 60 salariés de l'usine fabriquent les 71 autos commandées. Ce modèle est équipé d'un moteur de Dion-Bouton de 273 cm³. Placé à l'avant de la voiture il est pourvu d'ailettes afin d'obtenir un meilleur refroidissement. Il est secondé par une boîte de vitesse à trois rapports. Le volant est un guidon et à sa droite se trouve un frein à main agissant sur les roues arrières.
La Type A est d'abord carrossée en tilbury mais Louis Renault a l'idée géniale d'un fiacre aux formes de l'automobile. La voiture est résolument verticale : 1,90 de haut pour un empattement de 1,75 m. Cela était dû à la mode d'alors, qui voulait que le chauffeur porte le haut de forme.
Le temps des seigneurs de la route
Le 27 août 1899, Louis Renault s'engage dans la Coupe des Chauffeurs Amateurs disputée sur la distance Paris-Trouville. C'est un succès. Nouveau succès le 1er septembre dans la course Paris-Ostende. Avec ces victoires, la jeune société fait paraître dans la presse sa première publicité. Le succès s'affirme. Les trois frères sont pris dans l'ambiance héroïque de la course. Après chaque victoire, Louis ne pense qu'à la prochaine course. L'année 1900 est jalonnée de nouveaux succès grâce à la Type C : Paris-Bordeaux et Paris -Toulouse. Cette dernière course rapporte 350 commandes.

La Type C est une amélioration de la Type A. Elle possède le moteur de la Type B mais refroidi par eau grâce à deux radiateurs cylindriques disposés de chaque côté du moteur. Il développe une puissance de 3,5 ch. à 1800 tr/mn. 179 exemplaires sont fabriqués (4,3 % de la production totale française. A la fin de l'année, les ateliers ont une superficie de 4680 m2. 110 personnes sont employées, contre seulement 6 deux ans auparavant et Fernand commence à organiser un réseau d'agents à l'étranger.
En 1901 la première voiturette est exportée. Elle est destinée à un riche client de Sumatra. Jusqu'au mois de juin 1902, les usines produisent 8 nouvelles voitures : les types de D à J.

La Type D est dérivée de la C. Le moteur est plus puissant mais elle pèse 200 kg de plus que la Type C. C'est la première Renault avec un volant. Elle atteint la vitesse de 38 km/h.
La Type E qui suivra est une extrapolation de la Type D. La cylindrée passe de 102l à 1234 cm3 pour développer 9 ch à 1600 tr/min. Le capot n'est plus trapézoïdal mais allongé Ce capot dit " alligator" fera aussi le succès de la marque. Ce design permet de reconnaître une Renault de loin. Mais attention, toutes les voitures disposant de ce design, ne sont pas des Renault; d'autres marques ont utilisé ce design et sa réputation. Mais, si vous voyez ces capots, il y a 9 chances sur 10 que ce soit une Renault. Ces changements lui permettent de dépasser les 40 km/h tandis que le réservoir de 18 1itres lui autorise une autonomie de 200 kilomètres.
La Type G est une 6 ch châssis court. Monocylindre, son moteur a un alésage de 90 mm et une course de 110 mm. La voiture pèse 450 kg. La Type L est une Type G mais avec un châssis long. Longue de 2,74 m, elle pèse 650 kg. Les freins sont modifiés avec une augmentation du diamètre des tambours (184 mm). La Type L est identique à la G mais le moteur développe 8 ch grâce à une cylindrée plus importante. La Type H est équipée du premier bicylindre de la marque. D'une cylindrée de 1728 cm3, il développe une puissance de 14 ch à 1200 tr/min. Les freins sont ceux de la G et la vitesse maximale est de 74 km/h. Enfin, la Type J est mue par un énorme bicylindre de 2652 cm3 qui développe 18 ch.
Affaires de famille
En 1903, Marcel Renault meurt suite à un accident survenu lors de la course Paris-Madrid. L'affaire Renault Frères est en péril. Marcel qui est célibataire a fait de sa maîtresse sa légataire universelle. Elle devient copropriétaire de la société et sa part est évaluée à 5 millions de francs. Louis Renault souhaite racheter sa part mais l'effort financier est trop lourd. Il tente alors une opération de charme. Il convainc Suzanne de céder ses droits contre une rente viagère de 10 000 francs par an et l'attribution d'une voiture Renault tous les ans. Par l'acte enregistré le 28 juillet 1903,
Louis Renault passe du statut de salarié à celui de copropriétaire de l'entreprise. Il devra encore attendre six ans pour devenir le maître absolu. Renault dépose cette même année le brevet de suralimentation qui servira....75 ans plus tard en Formule 1.
948 voitures sont produites en 1903 sur un total de 11 500 voitures fabriquées en France. La société a un réseau de 120 agents qui sont chargés de commercialiser les nouveaux types de la marque de M à S. La Type M a une cylindrée de 940 cm3 et développe 8 ch. La Type R est une bicylindre qui développe 7 ch. La Type N possède toujours le bicylindre mais qui développe 10 ch. La Type Q a le même moteur que la N mais elle pèse 150 kg de plus que la N soit 700 kg.
La Type S est la première à recevoir le 4 cylindres maison. c'est en fait un accouplement de deux bicylindres. Il développe la puissance de 14 ch à seulement 1250 tr/mn. On voit là une théorie de Louis Renault: pour qu'un moteur dure longtemps, il doit tourner à bas régime. Cette énumération peut sembler fastidieuse mais une autre des philosophies de Louis Renault transparaît: il faut diversifier les modèles pour répondre à tous les goûts de la clientèle.
En 1904, traumatisé par la mort de son frère, il abandonne les courses pour se consacrer aux voitures de tourisme. Cette année là ce sont les Types T, U et 0 qui apparaissent. La Type T est une 7 ch qui reçoit le premier monocylindre de la marque. La Type U utilise un bicylindre de 15 70 cm3 qui développe 10 ch. Le refroidissement est désormais assuré par un radiateur vertical placé devant le moteur. La Type 0 est une voiture de course conçue pour un milliardaire américain. Devant les succès accumulé outre-atlantique par son client, Louis Renault décide de renouer avec la course. Mais il ne veut plus conduire. il demande au mécanicien qui courait avec lui de le remplacer. Le 16 juin 1905, Ferenc Szisz participe à l'épreuve éliminatoire de la course d'Auvergne. Pour participer à la finale, il doit se classer dans les trois premiers. Il arrive cinquième. C'est le premier échec pour l'entreprise. La défaite est due à un manque de fiabilité de la pompe à eau. Mais Szisz prend sa revanche lors du Grand Prix de l'A.C.F. le 26 avril 1906.
Louis Renault avait préparé soigneusement sa voiture . Très proche des voitures de série, elle développait pourtant une puissance de 100 chevaux. Louis Renault l'avait en outre équipée de nouvelles jantes Michelin amovibles simplifiant considérablement le changement de pneumatiques. 1905 est aussi une année faste pour les ventes. cette même année apparaît dans le catalogue Renault le premier autobus de la marque. Le premier exemplaire sera livré à la compagnie générale des omnibus de Paris. Il dessert la ligne "Place de Clichy-Saint Germain des Près". 1 siècle plus tard, cette activité sera abandonnée, suite au rachat de Volvo Trucks.

Le " carton" des célèbre Taxis...

La Compagnie Française des fiacres automobiles commande 250 voitures qui seront utilisées comme taxis à Paris. L'affaire est une aubaine qui permet à l'entreprise de traverser les grèves ouvrières de 1906. Les taxis prennent de l'essor. En 1906, 500 voitures sont commandées; 750 en 1907 et 1500 en 1908-1909. L'affaire se développe aussi à l'étranger. Renault livre à Londres 1 100 véhicules en 1907. Renault-Angleterre, qui est la première filiale étrangère de la marque, commence à faire des bénéfices. La Renault -Selling-Branch de New York suit les traces de sa sœur anglaise. En 1907, Renault fonde aussi une filiale à Berlin.
Son implantation est devenue internationale. Louis Renault, homme très important, est promu Chevalier de la Légion d'Honneur le 1 1 octobre 1906. Ses usines proposent quatre modèles : la 8 ch (elle a servi de base aux taxis parisiens), la 10 ch, la 14ch et la 20 ch. Le châssis de cette dernière est en tôle emboutie alors que ceux des précédents modèles étaient en tubes. Autres innovations : Renault monte pour la première fois en série des amortisseurs Renault brevetés et aussi les fameux ressorts à lames montés transversalement à l'arrière auxquels Louis Renault sera longtemps fidèle.
En décembre 1906 apparaît une 35 CV, modèle de prestige des usines de Billancourt. Louis Renault est un homme satisfait. En 1907 la production a doublé (3066 voitures) alors que la production totale des marques françaises n'a augmenté que de 5%. Le premier 6 cylindres de la marque est fabriqué cette même année: il développe 50 ch. Toujours à la recherche d'idées nouvelles, Louis Renault prend connaissance en 1908 des fameuses théories de Taylor. Il décide d'introduire ces théories dans son entreprise. Louis Renault fonde beaucoup d'espoirs sur cette organisation. Avec ces nouvelles méthodes il est à même de produire des voitures bon marché et l'expérience qu'il a acquise dans la fabrication en série de châssis l'autorise à fonder de tels espoirs.
En 1909, la société devient son bien personnel. Il a obtenu de son frère Fernand, malade, une renonciation à l'association.
Celui-ci reçoit en échange huit millions de francs. L'entreprise en vaut alors 30. Le 29 janvier 1909, la Société Renault Frères est officiellement dissoute. Le 22 mars Fernand meurt. La même année, la gamme s'enrichit d'une 7/8 ch vendue 4650 francs et d'une 18 ch. Louis Renault dote son usine d'une section de carrosseries. Jusqu'à cette époque en effet, Renault ne livrait que des châssis nus destinés à être carrossés à l'extérieur. En 1910 plus de 3000 personnes sont employées.
Les errances du taylorisme "à la Renault"
Louis Renault décide alors de se rendre aux États-Unis pour rencontrer Henry Ford. La visite a lieu dans la deuxième quinzaine d'avril. Louis Renault est très impressionné par la capacité et l'organisation de l'usine américaine. Il pense que la 8ch pourrait devenir la Ford T française.
Malheureusement il n'a pas compris ce qu'il pouvait tirer de l'exemple de Ford. Au lieu d'utiliser cette méthode pour produire à grande échelle un modèle unique, il a essayé de rationaliser une multitude de chaînes fabriquant pas moins de onze modèles, de 8 à 40 ch.! On est loin de la Ford T. Le 19 août 1912, Henry Ford rend visite à Louis Renault.
En tentant d'appliquer la méthode à toute l'entreprise, Louis Renault déclenche une grève le 11 février 1913. Les ouvriers refusent le chronométrage de leur travail, pénalisant leurs erreurs et servant à calculer leur salaire. Ils refusent de devenir des robots. Cette grève dure plus d'un mois mais Renault sort victorieux de ce conflit. C'est la dernière fois qu'il instaurera le dialogue avec ses salariés. Il deviendra de plus en plus despote et solitaire.
A la veille de la guerre il est le premier constructeur français par son chiffre d'affaires. De la 8 ch. -à la 45 ch.- il offre un large choix à la clientèle.
Renault diversifie déjà sa production
Dès ses débuts, Louis Renault diversifiera sa production afin de toucher un maximum de clients. Ainsi, le nettoyage motorisé de la voirie se généralise grâce aux balayeuses Renault.
De même, il se lance dans l'aviation en construisant des moteurs, pour quelques avionneurs français.

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