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La génèse de la 4CV

La génèse de la 4CV

A l'occasion du 33ème Salon de l’automobile, le 3 octobre 1946, Renault présente celle qui marquera à tout jamais l'histoire de la marque, la 4CV. Une brillante carrière attend un modèle né dans l’ombre et qui traversera bien des zones de turbulences

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Le 26 juin 1940, dans un pays alors en pleine guerre, la direction des usines Renault est placée sous le commandement allemand, alors que Louis Renault est absent, puisqu'il est en mission pour le gouvernement aux Etat-Unis. Tous les projets automobiles en cours sont gelés, mais quelques ingénieurs des usines Renault, courageux et passionnés, décident de braver l’interdiction et entament des recherches pour un nouveau véhicule. Ils ont un impératif en tête: cette voiture doit être économique, que ce soit à l'achat, mais aussi à l'usage afin de s’adapter à la pénurie qui règnera une fois le conflit terminé. C'est ainsi, que débute le fameux projet 106.

Un projet défendu par Louis Renault !
A son retour des Etats-Unis, alors que Louis Renault est gentiment évincé de sa propre entreprise par le gouvernement, il délaisse totalement la direction générale et la production, pour se consacrer désormais à ce qui l'a toujours passionné : la création.

Dès le début de l'occupation, Louis Renault travaille à la conception d'un petit modèle de tourisme. Il a été séduit par la KDF, la future Volkwagen qu'il a pu admirer à l'occasion du Salon de Berlin en février 1939, mais souhaite également concurrencer la 11CV de Citroën. Il sait également qu'une fois le conflit terminé, il faudra proposer un véhicule économique.

Dès octobre 1940, il demande à Jean Hubert, l'un de ses collaborateurs, d'effectuer un rapport sur le sujet, et les conclusions seront sans appel. Dèjà au cours de l'exercice 1938-1939, les voitures de moins de 14CV représentaient 90% des fabrications !

Cela tombe bien puisque depuis l'hivers 1940, des chefs de service et des ingénieurs (Picard, Amise, Serre,...) de Renault étudient dans le plus grand secret un petit moteur. Le matin du 20 Mai 1941, Louis Renault les surprend en train d'éxaminer la maquette du projet.

- "Nous aperçumes, un peu en retrait, Louis Renault, les mains dans les poches de son veston... qui nous regardait... Serre rougit, comme un enfant pris en faute et bredouilla quelques mots. Le patron nous bouscula pour s'approcher. Sans une parole, il tourna autour de l'objet de notre examen... Puis sortant les mains de ses poches, il se mit à le caresser avec concentration, comme il l'aurait fait d'une oeuvre d'art"
- "C'est beau, qu'est-ce que c'est ?" demanda t-il.
Serre répondit :
- "Comme Picard avait du temps libre, il a dessiné ce petit moteur à culbuteur pour la Juvaquatre, ou éventuellement une petite voiture à moteur arrière, si vous voulez qu'on en fasse une. Nous avons fait une maquette de l'objet. Mais nous ne pouvons pas aller plus loin, nous n'en n'avons pas le droit...".
- "Pas le droit ? M'en fous ! Faites trois moteurs, et celui-là dans mon bureau !".

Les premiers essais ont lieu en décembre 1941. Un an et demi plus tard, le premier prototype de la 4CV est homologué par le service des Mines.


Le premier prototype de la 4CV

Dans son ouvrage, "L'épopée de Renault" (qui participe à légende urbaine voulant que Louis Renault ne voulait pas de ce projet) , Picard s'arroge tous les mérites de la 4CV, expliquant que Louis n'y était pas favorable, et que l'éxistence de la 4CV n'est due qu'à son action. Il oublie au passage les témoignages prouvant le contraire, ainsi que la volonté de Renault d'imiter la KDF dès 1939. "Louis Renault n'aimait pas les petites voitures, il n'y croyait pas" dit-il.

Et pourtant, c'est bien lui qui a lancé ce projet, et qu'après avoir découvert la maquette en bois du moteur il donna l'ordre d'en fabriquer 3 exemplaires, qu'il fit cacher le double des plans dans un endroit tenu secret près d'Herqueville, qu'il fit installer ensuite une partie de son bureau d'étude près de son domicile à l'abri des indiscrétions. Et ce n'est pas tout...

En Janvier 1943, un premier prototype est conçu. Fabriqué en aluminium, il n'a que deux portes, dispose d'un petit moteur placé à l'arrière, et propose un style plutôt ingrat malgré qu'il soit fortement inspiré de la Volkwagen Coccinelle présentée en 1939.

Au cours des essais du prototype, Von Urach, l'administrateur allemand placé à Billancourt pour surveiller la production, prend par hasard connaissance du projet, en voyant passer à plusieurs reprises un curieux véhicule vert. Comprenant que des choses se passent à son insu (officiellement, les usines Renault ne doivent alors servir qu'à remettre en état pour le compte de la Wehrmacht les chars de guerre allemands), il questionnera Picard qui jurera que rien de tel ne se prépare. Mais dans l'ombre, le projet continue pourtant bel et bien !

Suite à cet incident, Louis Renault, fait transporter le prototype dans sa propriété d'Herqueville pour l'essayer lui-même, avant d'assister en personne à la fin de 1943, à ses derniers essais.

Malgré un budget plus que restreint, et la nécessité de devoir développer le projet en toute clandestinité, il faut ajouter les bombardements que l'usine subit.
En effet, en 1942, Churchill décide de bombarder les entreprises qui contribuent à l'effort de guerre. Billancourt, placée rappelons-le sous l'occupation allemande, est accusée à tort, par des tracts anglais de fabriquer des chars pour les Allemands. Dans la soirée du 3 Mars, 235 bombardiers larguent 431 t de bombes. Bilan: 391 morts dont 7 chez Renault. L'usine est détruite à plus de 10%, mais par chance, le projet de la 4CV ne sera pas touché.

Après ces bombardements, Louis Renault décide alors d'installer le bureau d'études d'outillage dans un lieu plus sur, un immeuble de l'avenue Foch qui jouxte les locaux... de la Gestapo. Les ingénieurs de Renault étudient les têtes électro-mécaniques des futures machines-transferts, outillage révolutionnaire qui permettra une production en masse de la 4CV à la libération, le tout au nez et à la barbe des nazis.

P.Lefaucheux, valide le projet
Un peu plus d'un an passe, avant qu'au printemps 1944, un second prototype arrive, toujours composé de deux portes, mais dont le design commence à prendre forme.
A la Libération, tout s’accélère. En mars 1945, Pierre Lefaucheux remplace Louis Renault (décédé dans des conditions obscures quelques mois plus tôt), à la tête de l'entreprise qui est devenue la Régie Nationale des Usines Renault.

Le PDG fraichement nommé est d'entrée très enthousiaste par ce projet de petite voiture populaire et économique. Deux projets cohabitent cependant toujours en parallèle, celui de la 11CV et celui de la 4CV. Il demande de modifier ce dernier, afin d'en faire une 4 portes, et de la doter d'un style plus personnel. Le 9 novembre 1945, P.Lefaucheux tranche définitivement en faveur de la 4CV, après avoir validé un troisième et dernier prototype.


Le troisième prototype de la 4CV

Son but étant de proposer un modèle bon marché à l'achat, il demande à ce que la production soit entièrement dédiée à ce nouveau modèle, avec comme objectif, de produire 300 exemplaires par jours. Les machines-transferts étudiée pendant la guerre seront la pièce maitresse de la production.
La bataille de Lefaucheux pour faire accepter la 4CV
La crise des années 1930 avait amené des petites voitures économiques sur le marché. Avec la guerre et les pénuries de carburant, la "petite voiture" est plus que jamais la voie à suivre, et Pierre Lefaucheux en est convaincu. Mais, au sein de la direction même de Renault, tout le monde n'est pas du même avis.

Dès la fin de la guerre, les pouvoirs publics veulent relancer l'industrie, en intervenant de façon significative dans la répartition des gammes de véhicules chez les constructeurs Français. Panhard et Simca se rassemblent pour l'élaboration d'une petite voiture de moins de 6 CV, il est décidé que Peugeot fabriquera des voitures de 6 à 8 CV et Citroën s'occupera des voitures de 10 à 12 CV. Mais où est Renault ?

Renault n'est tout simplement pas sur la liste, car on a décidé en haut lieu, que sa vocation était de fabriquer des camions et utilitaires ! Mieux encore, on veut nationaliser Berliet et fusionner les deux marques. Une fusion donnerait à la France un grand constructeur de véhicules utilitaires et de poids lourds.

Pierre Lefaucheux n'accepte pas cette décision. Il sait qu'il a tout ce qu'il faut sous la main à Billancourt avec le prototype de la 4 CV pour relancer son entreprise. Il obtient à "l'arraché" de Paul-Marie Pons l'autorisation de la construire. Renault est sauvé, et la 4CV avec !

Présentation d'un best seller
Une fois tous les accords en poche, il faut lancer la production. Mais faute de matière première, les trois cents premiers exemplaires ne sortiront de la nouvelle chaîne de l'île Seguin qu'à partir du 17 août 1947. Renault veut proposer son nouveau modèle pour le 33ème Salon de l'automobile, car après 8 ans d'absence de ce dernier, l'attente du public est grande. Il s'agit là d'un évènement à ne surtout pas rater !

Ainsi, après avoir présenté le bébé aux journalistes le 26 septembre 1946, le public la découvre comme prévu le 3 octobre 1946 au 33e Salon de l'automobile.

La suite on la connait, la 4CV sauvera Renault et deviendra l'icone de la régie et de toute une époque.



 

 

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