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Les embusqués*

Les embusqués*

Commentaire d'une caricature parue dans L'Oeuvre, le 21 janvier 1917, qui oppose le sort des ouvriers à celui des Poilus

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* Pendant la Grande Guerre, certains considéraient les ouvriers, dont les conditions de travail étaient pourtant très difficiles, comme des embusqués, ou du moins, comme des privilégiés par rapport aux Poilus. Un groupe de femmes écrivit ainsi au ministre de l'Armement, Albert Thomas, en 1915 : "Veuillez lire ces quelques lignes, monsieur le ministre, nous sommes toutes femmes dont les maris sont en danger mais heureuses cependant de voir défendre notre pays si courageusement (...) par contre, nous sommes humiliées de voir que tous ces hommes qui servent à faire des obus à la maison Renault, gagnent des 10 et 15 francs par jour et sont à l'abri de tout danger pendant que nos pauvres maris sont au froid par n'importe quel temps, séparés de [leurs] familles" (1).


Les contemporains étaient littéralement obsédés par la question des embusqués, les uns accusant les ouvriers de faire grève, les autres prétendant que les patrons peuplaient les usines de leurs proches pour leur éviter d'être envoyés au Front.


Jusqu'à cette date, les ouvriers travaillaient de onze à douze heures par jour, sept jours sur sept. Dans les usines, les accidents étaient nombreux : on en recensa près de 60.000 dans les seuls établissements privés en 1917, dont 300 mortels, sans parler de la morbidité due au surmenage et aux maladies professionnelles (2). Le 13 juin, l'effondrement d'un bâtiment provoqua la mort de 26 personnes aux usines Renault de Billancourt.


Bien entendu il était tentant, et assez démagogique, d'opposer le montant de la solde d'un Poilu à celui du salaire d'un ouvrier de la région parisienne (parmi les mieux payés de France). Le 22 juillet 1915, le député socialiste Aristide Jobert proposa que tous les ouvriers des usines de guerre fussent soumis au même régime que celui de leurs camarades combattants, c'est-à-dire à la solde de 25 centimes par jour. Le texte fut rejeté par la Chambre. Pour sa part, Louis Renault se prononça contre le nivellement des salaires de même qu'il se montra favorable au retour du repos dominical.


D'une manière générale, l'année 1917 fut le théâtre d'importants mouvements sociaux à l'Arrière, et de mutineries sur le Front, une partie de la population exprimant ainsi sa grande lassitude de la guerre.


Au cours de l'année 1917, l'horaire de travail quotidien fut ramené chez Renault à dix heure et demie, puis à dix heures en février 1918 à la demande des délégués d'ateliers.


Cette caricature (sans titre) a été publiée dans le journal radical-socialiste L'Oeuvre, le 21 janvier 1917. Un exemplaire se trouve dans les archives Albert Thomas, dossier 94 AP 139 des Archives Nationales.


Ci-dessous, une lettre adressée par un Poilu au ministre de l'Armement, le 13 janvier 1917 dans laquelle l'auteur se plaint de la position privilégiée dont bénéficient les ouvriers par rapport aux combattants (source 94AP 139) :




Cet article est une publication du site louisrenault.com


(1) A.N. 94 AP 62.


(2) Rapports mensuels d'E. Sévin, directeur de la main-d'oeuvre. A.N. 94 AP 123. Voir : J.-L. Robert, Les Ouvriers, la Patrie et la Révolution. Paris 1914-1919, Paris, 1995 ; F. Thébaud, La Femme au temps de la guerre 14, Paris, 1986.




 

 

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