Le retour de Renault aux USA:
L'effondrement des ventes de la Dauphine était dû à la précipitation et à l'improvisation de la mise en place du réseau d'une part, mais aussi la qualité trop faible et les motorisations trop justes, suffisantes pour la France, mais pas pour les USA. S'allier avec un constructeur local capable de donner les indications nécessaires pour la mise à niveau des véhicules serait une solution.
Renault assemble déjà dans son usine Belge de Haren la Rambler d'AMC -American Motors Corporation- commercialisée sur notre continent sous le nom de Renault Rambler. En 1961, la Régie signe une lettre d'intention avec AMC. Cette lettre porte sur une éventuelle distribution de modèles Renault aux États Unis et au Canada, voire une usine de montage commune dans ce pays. Finalement AMC refusera la future R8 et l'intention ne sera pas concrétisée. C'était trop tard. Il aurait fallu commencé par là avant de se lancer sur ce marché. Entre temps, l'image de Renault s'était énormément détériorée. Il faudra attendre 1979 pour revoir un rapprochement entre les deux constructeurs, qui se soldera moins de 10 ans plus tard par un énorme flop.
Les alliances sont déjà d'actualité
En Europe même, Pierre Dreyfus redoute les rachats de constructeurs Européens par les Américains, comme c'est le cas de Chrysler avec Simca un peu plus tard. Face à ces grands groupes, la Régie ne pourrait lutter. Il est convaincu que les constructeurs européens doivent faire front ensemble. Pendant un certain temps, un rapprochement avec Volkswagen était possible, puisque les patrons des deux marques étaient prêts à s'allier l'un avec l'autre. Mais, l'opposition interne à Volkswagen rencontrée à Wolfsfurg mettront fin aux négociations. En 1958, Renault avait aussi passé des accords avec Alfa Romeo, permettant de monter des Dauphine puis des R4 dès 1962. Mais, Fiat ne voulait pas d'une concurrence étrangère sur le pas de sa porte. Les accords précédemment passés sont rompus. C'est en fin de compte avec Peugeot qui a rompu avec Citroën, que la Régie créera une alliance en 1966.
Pendant ce temps, Pierre Dreyfus aimerait beaucoup s'implanter en URSS, vaste marché encore inexploité. Lors du voyage en France qu'effectue le premier ministre de Russie Nina Khrouchtcheva en Mars 1960, le PDG de Renault lui offrira une Caravelle blanche à sellerie de cuir rouge. Invité à son tour à se rendre en Russie, Pierre Dreyfus espère une collaboration pour obtenir l'autorisation de la construction d'une usine. Mais il devra patienter jusqu'en Octobre 1966, et il ne s'agira pas de produire des Renault en URSS. Entre temps, les soviétiques ont préféré Fiat ( le groupe pétrolier Italien Mattei achetait en effet une grande partie de son pétrole en URSS). L'accord que signe Pierre Dreyfus porte sur l'ingénierie pour lancer la fabrication d'une "petite" Moskvitch. Dans un premier temps, il faut équiper l'usine de d'Oufa qui produira les moteurs, puis il faut moderniser l'usine de montage MZMA à Moscou, et équiper une nouvelle installation à Ijvesk, dans la République autonome des Oudmourtes. Renault qui est le fournisseur général mais aussi le maître d'œuvre verra finalement son contrat atteindre 300 000 000 Frs soit le triple du montant initial. La coopération ne s'arrêtera pas là.
Renault réorganise sa gamme

Avant guerre, la politique de Renault était d'offrir un maximum de modèles afin de couvrir un maximum de clients. Ainsi, Renault proposait auparavant 7 à 8 modèles. Mais, après guerre, les problèmes financiers des industries et des clients, pousseront Renault, comme les autres d'ailleurs, à ne proposer plus qu'un seul produit dominant: la petite voiture. Ce rôle sera assuré par la petite 4CV. Pierre Lefaucheux songe très vite à donner une grande sœur à la 4CV. La Frégate sera certes, un échec mais l'idée de faire autre chose que la 4CV est là. Son successeur ( Dreyfus), continuera dans cette optique. Mais, avant tout, il faut changer la 4CV, qui a déjà 16 ans!
Pierre Dreyfus, nouveau PDG, veut une voiture pas chère et multiusage. C'est ainsi que sera étudiée la R4. Grâce à elle, la traction avant apparue en premier sur l'Estafette se généralise. Le 3 Août 1961, la première R4 sort des chaînes de l'île Seguin. Deux cent voitures sont mises à la disposition des clients parisiens pour les essayer. La R4/R3 sauvera la régie, et viendra éponger les dettes de la catastrophique aventure américaine. Elle se vendra à plus de 9 millions d'exemplaires...
Après avoir écarté un projet carrossé par Ghia mais très couteux, Pierre Dreyfus opte pour le projet 115. Il sortira le 2 Janvier 1965. Son nom sera R16 ( ci contre avec ses deux créateurs de gauche à droite: Claude Prost-Dame et Gaston Juchet).
Cette voiture fera date, non seulement dans l'histoire mais aussi dans la philosophie de la voiture moderne. Le concept est totalement inédit : à la fois berline et break, mais plus pratique que la première avec son hayon arrière et sa modularité intérieure, et plus élégant, plus confortable et résolument plus "standing" que le second. "Dommage qu'elle ne soit pas allemande titrera un journal d'outre Rhin. Dans la foulée, elle est élue " voiture de l'année" par un jury international sélectionné par un magazine Néérlandais. Il est vrai que l'on n'a pas lésiné sur les moyens pour sortir cette voiture. Pour elle, tout est nouveau. On lui a même construit une usine à Sandouville, près du Havre. Cette usine fabriquera (et fabrique toujours) tous les haut de gamme Renault ( R30, R25, R21, Safrane, Laguna, Vel Satis et futur Espace). Avec la R16, Renault a désormais une gamme complète: 4CV, Dauphine, Frégate, Renault 4, R8 ( première voiture à être équipée de quatre freins à disques), R10, et la Caravelle encore pour un temps. Renault reprend confiance dans l'avenir.
Afin de dégager un maximum de bénéfices, Renault multiplie les versions de ses modèles en bas de gamme, puisque la marque puise dans sa banque d'organes. En effet, à la disparition de la 4CV, son moteur est encore utilisé, et il le sera longtemps, avec de multiples variations et modifications qui le mèneront jusqu'à...... la Twingo. La R4 comme les autres, en est équipé, du moins celles qui n'ont pas de moteur Gordini. De ce fait, les modèles vont se multiplier jusqu'à la première crise pétrolière de 1973.
Les R4 deviendront Parisienne, puis Plein Air. En 1969, elles ont une petite sœur en la personne de la R6, un modèle à l'arrière plus étiré qui sera lui aussi modifié plusieurs fois et décliné en une très longue série de différentes versions. L'anée suivante, Renault présente au Salon, la R12, une berline tricorps, remplaçante de la R8, qui sera elle aussi un grand succès.

Le sorcier Gordini
En 1971, une Renault Gordini battra le record de la traversée Alger-Le Cap. Ainsi, s'ancrera une image durable de Renault constructeur de petites voitures, et ce, malgré la R16 et le développement ultérieur du milieu de gamme.
L'association de Renault avec le "sorcier" Gordini, les voitures de la marque vont prendre du tonus, en particulier en compétition. Ce mécanicien de génie est aussi un fanatique du sport automobile, et il n'hésitera pas à monter sa propre écurie de course. En 1958, il accepte la proposition de Renault d'affiner les moteurs moyennant une aide technique et financière. Ses ateliers deviendront rapidement un bureau d'études annexe de la Régie. En décembre 1969, la firme Gordini est rachetée. L'association du constructeur et du motoriste ouvrira les portes de la F1 à Renault.
Les R8 Gordini et Alpine de la gloire

De 1944 à 1970, les R8 Gordini feront une impressionnante moisson de victoires en rallye surclassant des concurrents bien plus puissantes. En Juillet 1970 cette R8 Gordini se retirera. Elle sera relayée par la R12.
Avec Gordini, Renault a commencé à se faire un nom respecté dans le sport automobile. L'arrivée d'Alpine, créé par Jean Rédelé, continuera de constituer une formidable image à Renault. La légendaire Berlinette "Tour de France" remportera notamment le championnat du monde des rallyes en 1973, et la même année, l'A441 sera championne du monde d'Europe des prototypes avec 7 victoires en 7 courses.
Au cours de années 1960 et 1970, la Régie, que Charles de Gaulle appelait "ma fille" deviendra l'une des vitrines nationales du progrès technique; elle sera aussi celle incontestée du progrès social.

Renault, une des premières entreprises à adopter les mesures sociales pour les ouvriers
En 1955, la Régie avait innové en passant à la troisième semaine de congés payés. En échange, elle assurait le dialogue avec les syndicats pour la signature du premier accord d'entreprise. En 1962, Renault est aussi la toute première entreprise à adopter la quatrième semaine, et l'assortit du principe du retour aux 40 heures, qui avait été abandonné en 1938, d'une augmentation des salaires de 4% et de la création d'un fond de régulation des ressources. Renault donne le ton et est suivi. Cela n'évitera pas un dialogue parfois "musclé" et diverses grèves qui feront de Renault le "balcon du syndicalisme".
Renault devient international
Alors que de nouvelles usines voient le jour en France, comme l'usine de Douai, la Régie tente de se développer en exportant. Ses capacités financières ne lui permette pas d'investir dans la constructions d'usines à l'étranger, alors elle doit s'appuyer sur des partenaires locaux afin de produire sur place. Ainsi, Renault à l'intention de racheter son partenaire brésilien Willys Overland do Brazil, mais, ce rachat échoue et Renault doit vendre ses parts à Ford. Des Renault sont montées en Roumanie ( Dacia avec la R12), Yougoslavie, Afrique du Sud,.....Mais c'est surtout l' Espagne qui deviendra la seconde patrie de la marque. Aujourd'hui d'ailleurs, Renault est la marque la plus vendue dans ce pays, entre autre grâce à sa présence depuis longtemps.
Renault fait les gros titres des journaux avec sa nouvelle R5
En 1972, l'image de Renault en France va fortement rajeunir. Dans un premier temps, la marque inaugure un nouveau logo, moderne, brillant, dessiné par Vasarely. Il est inauguré sur un tout nouveau modèle ludique et plaisant: la R5. Avec sa "bonne petite bouille", cette nouvelle voiture 3 portes va tout de suite s'imposer. La version 5 portes n'apparaîtra qu'en 1980, et bénéficiera cette même année de petites modifications comme une nouvelle planche de bord, intérieur modernisé, meilleur confort,.....C'est aussi la première voiture à inaugurer les protection latérales en plastique.
Outre la nouvelle R5, les autres vedettes du Salon sont les nouvelles R15 et R17, coupés présentés l'année passée.